Henri COLLIGNON ou la littérature comme exutoire

Henri COLLIGNON

 ou la littérature comme exutoire

par Eric ALBERT

 

Les rencontres fortuites sont souvent les plus agréables.

Rencontré lors du « Livre en fête » de Chanxhe (près d'Esneux) le 21 août dernier, Henri Collignon a su faire montre de la plus simple et sincère disponibilité.

Installé sous une aubette de toile, il était présent pour promouvoir son roman, « Retournements », publié aux éditions Baudelaire. Un livre qu' Encre Noire avait reçu, quelques jours auparavant et qui n'avait pas manqué de capter l'intérêt de l'équipe.

« Retournements » est un thriller qui allie un univers terre à terre à un autre, où la technologie exprime ses dérives les plus sournoises.

Plus que le roman, une grosse brique que d'aucuns comparent à une saison de « 24 heures chrono » tant les rebondissements et l'action sont omniprésents, j'ai voulu en savoir plus sur le processus de création de l'auteur. Et les raisons qui l'ont poussé à publier son livre.

Le tout entre deux dédicaces et sous un soleil de plomb.

 

Qui êtes vous, Henri Collignon ?

Je suis à la tête d'une petite entreprise familiale spécialisée dans le garnissage de sièges, à Warsage. Comme bien des patrons, je suis toujours sur le qui vive, toujours en activité durant mes journées de labeur qui ne me laissent pas beaucoup de temps pour souffler.

Au niveau familial, je suis marié mais je n'ai pas d'enfants.

 

Quel élément déclencheur a fait en sorte que vous troquiez votre veste pour enfiler celle d'un aspirant écrivain ?

J'écris depuis mon adolescence, pour le plaisir. Réussir à écrire un roman « adulte » est une idée qui me trottait en tête depuis longtemps. Après beaucoup de tergiversations, de remises à plus tard, je me suis décidé un matin : j'avais une idée en tête, une idée du tonnerre selon moi, qui ne me laissait pas tranquille. Avec détermination, abnégation même, je me suis à coucher les idées sur le papier et, peu à peu, j'ai commencé à les structurer, à les enjoliver, à les complexifier. J'ai bénéficié d'une liberté souveraine à la maison puisque, mon épouse travaillant avec moi dans la société, nous avons trouvé tous deux comme un oasis personnel, une parenthèse pendant laquelle chacun a pu exprimer ses passions. Il n'y a pour ainsi dire jamais eu de tension familiale du fait du temps consacré à l'écriture.

 

Ecrire est un travail qui demande rigueur, documentation et discipline. Comment décririez-vous votre travail d'écrivain ?

Cela m'est extrêmement difficile. Je n'ai pas de méthode particulière. A partir du moment où j'ai eu assez de matière pour combler les quarante premières pages de « Retournements », je me suis laissé aller à l'inspiration du moment, tout en sachant vers quelle fin me mènerait ma plume. Un début et une fin, c'est tout ce dont je disposais. L'écriture, quasi intuitive, a fait le reste. Sauf à un moment où je me suis senti perdu, comme si j'avais lancé un train à grande vitesse et que je cherchais à le rattraper avec un simple omnibus. J'ai fait une pause, que j'appellerai plutôt une « rupture » dans le travail. Puis, comme les idées s'agençaient de nouveau en moi, j'ai repris la plume (ou le clavier) jusqu'à la fin. Je me rends compte que je peux écrire à peu près partout, pas nécessairement de la prose mais des idées, des concepts, des bribes d'intrigue. Durant cette foire du livre, j'ai écrit l'équivalent de quatre pages sur mon notebook qui ne me quitte jamais. De la matière pour mes deux prochains romans que j'écris peu à peu de façon concommitante.

 

Avez-vous immédiatement cherché un éditeur ?

Non, j'ai d'abord tenu à faire lire mon livre à mon entourage, à des amis de qui j'exigeais cependant une appréciation objective et sincère. Je tenais absolument à ce que mon livre colle à l'actualité de manière à ce qu'il résonne dans le vécu de chacun et mes premiers lecteurs m'ont encouragé à poursuivre mes démarches, malgré cinq sessions de corrections, de changements divers, de modifications minimes dans l'intrigue ou les dialogues. Il s'est passé un an entre la fin de l'écriture et la parution.

 

Les Editions Baudelaire ne sont pas très connues. Comment avez-vous déniché l'artisan qui allait transformer votre rêve en réalité palpable ?

Comme tout nouvel auteur, j'ai d'abord cherché à contacter les dinosaures de l'édition (Lattès, Laffont, Presses de la Cité,...). Un moment, il a été question d'une publication chez la prestigieuse maison Albin Michel. Mais un dernier avis du comité de lecture a finalement fait capoter le projet. Je suis persuadé qu'à moins d'être un écrivain anglo-saxon qui a eu du succès dans son propre pays, l'auteur francophone, belge ou français, qui officie dans le thriller ne peut voir s'ouvrir les portes des grandes maisons d'éditions sans un coup de pouce du métier. Beaucoup d'appelés, peu d'élus.

C'est alors que j'ai contacté les éditions Baudelaire. C'est une maison d'édition respectueuse de ses auteurs. Si elle n'a pas vraiment pignon sur rue, elle bénéficie d'une diffusion par « La Caravelle », ce qui assure la présence de ses livres dans les hypermarchés et à la Fnac (du moins en Belgique). Ajoutez à cela quelques excellentes critiques dans la presse et vous obtenez un bon deal pour un auteur émergeant. Je tiens à préciser que « Baudelaire » n'est pas un éditeur à compte d'auteur. Il s'agit d'une maison avec laquelle je suis sous contrat tout en restant propriétaire de mon oeuvre. C'est-à-dire que je suis libre de céder les droits d'exploitation de celle-ci directement, soit pour une parution en poche, soit pour une adaptation BD, télévisée ou cinéma. Les seules contraintes de l'éditeur ont consisté en une modification de la fin du récit, qu'il trouvait trop expéditif par rapport au rythme de l'ensemble et par une petite contribution financière pour les frais de typographie et d'impression.

 

Aujourd'hui, quels sont les résultats de votre première publication ?

Elles sont très encourageantes. Bien que je dispose pas des chiffres officiels, je sais que mon livre s'est déjà écoulé à quelques six-cents exemplaires et que la presse poursuit son travail de critique avec un oeil très positif sur mon livre. Je sais pertinemment que jamais je ne pourrai m'établir en tant qu'écrivain à temps plein, même si c'est un idéal ; mon but avec mes livres n'est pas de faire de l'argent mais simplement de faire apprécier et reconnaître mon travail. Ecrire constitue un réel exutoire pour moi, une façon de me déscotcher du train-train professionnel vraiment accaparant. Etre accepté et reconnu comme un auteur valable est une des plus grandes satisfactions que je puisse atteindre. C'est par ma présence à des foires du livre comme celle-ci que je peux offrir à mon livre une publicité optimale. D'ailleurs, mes week-ends sont pratiquement « full » jusqu'à la fin de l'année.

 

Peut-être aurons-nous encore l'occasion de nous revoir, alors ?

C'est tout le mal que je nous souhaite. Je voudrais terminer en épinglant, au travers d'Encre Noire, le fantastique travail qu'effectue les passionnés de l'ombre qui éditent des fanzines ou qui gèrent des blogs littéraires sur le net. Cette promotion est primordiale parce qu'elle est sincère (positive ou négative) et éclaire l'auteur sur la façon dont il est réceptionné par son lectorat. Longue vie à vous, donc.

 

Pour tout renseignement, vous pouvez entrer en contact avec l'auteur sur sa page facebook : « Henri Guy Collignon »

« Retournements » est édité par les éditions Baudelaire et vendu au prix de 26 €


Eric Albert le 25 septembre 2011 20:52

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