Animal'z

Bilal, Enki

Bande dessinée

Casterman, 2009, 100 pages, 18 €

:) :) :) Bilal, l'optimiste - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Animal'z

Un dérèglement climatique généralisé –baptisé ‘Le coup de sang’- a mis la Terre sens dessus dessous. Des catastrophes naturelles démesurées et inexplicables ont rendu la planète presque inhabitable, et obligé les humains à une lutte pour survivre proche du ‘chacun pour soi’. Des médias dont il faut se méfier répandent pourtant le bruit que, ça et là, quelques lieux rassemblent encore les conditions nécessaires à la survie de l’humanité –des Eldorados. Pour gagner ces terres, la mer reste le meilleur moyen et le plus sûr, quand elle ne gèle pas. Malgré eux et par hasard, un groupe de quelques hommes et femmes se trouve réuni dans la même quête : rejoindre un de ces Eldorados. S’ils ne manquent ni des moyens ni des connaissances technologiques –l’un d’eux est un brillant généticien capable d’opérer de salvateurs mélanges hommes/animaux- les voyageurs se verront souvent confrontés aux tours étranges que semble leur jouer la nature : aberrations géographiques, déplacement de montagnes et retour en force d’espèces animales il y a peu en voie d’extinction…

Western philosophico-écologique sur fond de s-f, le dernier opus de Bilal nous signifie à quel point l’homme reste –quand il le veut- un loup pour son prochain. Ainsi des ‘humains’ croisés par le groupe de voyageurs et qui rappelleront quelques souvenirs aux lecteurs de ‘La route’ de Cormac Mc Carthy, roman avec lequel il n’est pas illégitime d’effectuer ici un rapprochement. Comme le romancier américain, Bilal démarre son récit par un fait qu’il se garde bien d’illustrer autrement que par ses conséquences : la planète a piqué une crise et rend la vie difficile aux quelques hommes et femmes qu’elle tolère. L’un ou l’autre eldorado semble subsister mais les rejoindre tient du chemin de croix. La ‘Route’ de Mc Carthy plonge dans la noirceur la plus totale (lisez-le bon sang !), celle de Bilal prend au contraire un léger tournant tendant à nous faire croire que tout n’est pas perdu. Tirant de son groupe de survivants une attachante galerie de portraits d’êtres humains confrontés à l’insurmontable, il tend à pointer le meilleur en chacun d’eux. Sans verser pour autant dans un angélisme béat, il n’hésite pas à nager à contre-courant du pessimisme ambiant et ose parier sur la solidarité. Tout à son nuage, Bilal imagine que des manipulations génétiques puissent donner aux humains l’occasion de revenir à leurs sources animales et, par là, assurer le salut de leur espèce. Une nouvelle symbiose homme/animal/nature en quelque sorte, dans laquelle aucune des trois composantes ne chercherait à exploiter les autres. Pour plonger au cœur de cette fable, l’auteur de la ‘Tétralogie du monstre’ délaisse ici la peinture au profit du seul trait de crayon. Les cases de grande taille dominent toujours les planches, d’un bleu-gris presque généralisé cette fois et où, de temps à autre, un rouge pastel rompt cette fausse monotonie. L’ensemble s’avère, lecture après relecture, tout simplement superbe et revigorant. A partir d’un constat noir de noir, Bilal ose la carte de l’utopie. Pour notre part, il en sort gagnant.

Nicolas Fanuel

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