Barney et la note bleue

Loustal

Bande dessinée

Casterman, 2016, 104 pages, 30 €

:) :) :) Génie du jazz - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Barney et la note bleue

Alors que sort « Black dog », sa nouvelle bd scénarisée par Jean-Caude Götting, Loustal voit également son éditeur Casterman republier l’un de ses chefs-d’œuvre : « Barney et la note bleue ». Prépublié dans le regretté mensuel « A suivre » de novembre 1985 à mars 1986, présenté en album en 1987, l’œuvre se distingue des bandes dessinées habituelles par son absence de phylactères, le texte de Philippe Paringaux (qui a scénarisé plusieurs autres ouvrages de Loustal) figurant sous les cases du dessinateur. L’effet est immédiat : la prose –superbe- se lit et s’apprécie en tant que telle et, bien qu’elle soit séparée de l’image de manière plus radicale que si elle était mise en bulles, son mariage avec le trait magique de Loustal nous plonge de manière envoûtante dans un univers et une histoire uniques. La place accordée au texte et au dessin se révèle équitable dans le sens où l’album pourrait se lire sans le dessin (l’histoire serait compréhensible) tout comme il pourrait être parcouru sans faire appel au texte, laissant le loisir de s’attarder sur ses planches magnifiques.

 Au fil de ses 13 chapitres –soit le nombre exact de morceaux gravés sur le cd joint à cette superbe réédition- l’album nous conte des épisodes épars de la vie d’un jazzmen français, Barney Wilen.  Né en 1937 et mort en 1996, le véritable Barney Wilen a inspiré les auteurs qui mélangent ici allègrement faits réels et invention littéraire, en se gardant bien de distinguer le vrai du faux.  Au lecteur, ils livrent finalement le portrait d’un musicien brillant, qui a côtoyé les plus grands jazzmen de son époque et dont le jeu inspiré –« Barney avait vingt ans et sa musique était celle d’un homme qui a vécu dix vies »- lui valut reconnaissance et admiration. Côté pile, l’homme affiche une nature compliquée. D’apparence froide et détachée, il semble dépourvu d’empathie, le sort des êtres auxquels il donne l’impression de s’attacher ne lui étant au final que de peu d’importance : « ses rares intimes soupçonnèrent assez vite qu’il n’avait, en vérité, besoin de rien ni de personne ». Obnubilé par son art, convaincu de la rareté de son talent, Barney, tout à sa négligence, laissera souvent ses amours en ruine et ses amis fâchés. La drogue lui ouvrira ses bras mais, comme tout ce qu’il a toujours désiré, le décevra : « Seule l’idée qu’il se faisait des choses l’intéressait. La réalité le décevait toujours ». Un bijou d’existentialisme sombre, à lire et relire avec, dans les oreilles, les 13 morceaux de « La note bleue » le cd en forme de bande-son jazz qui l’accompagne. 

 

Nicolas Fanuel

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