Black dog

Loustal

Bande dessinée

Casterman, 2016, 90 pages, 18 €

:) :) :) Un destin de "cave" - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Black dog

Stefan Slovik aurait simplement dû se contenter de faire son job. Et son job, c’est son patron, Joe, qui lui dit comment le faire. Par exemple, quand les trois types avec leurs dégaines de mafieux étaient arrivés au garage et que Joe leur avait dit que la réparation de leur bagnole allait prendre quatre heures, Stefan aurait pu suivre son patron et prendre sa pause déjeuner à l’aise. Au lieu de ça, il a fait le malin et est allé chercher une nouvelle pièce pour réparer la bagnole deux bonnes heures en avance sur ce qu’avait prévu Joe. Ah ça, le chef des trois gars était réjoui, il a même filé un pourliche à Stefan, plus sa carte de visite, on ne sait jamais. Joe lui, l’a très mal pris et Stefan a pu ramasser ses cliques et ses claques pour se trouver un nouvel emploi. Dépité, il se rend quelques temps plus tard chez le généreux ex-client sans doute mafieux et lui demande de l’aide. Celui-ci avait justement un boulot sous le coude et ne savait à qui le confier. Un sale boulot. Un très sale boulot.

Avec ce polar à la pure sauce roman noir scénarisé par Jean-Claude Götting (« Watertown »), Loustal nous invite à suivre la descente en ligne droite d’un véritable paumé.  Ce destin de plouc -de « cave », comme il aurait été qualifié dans un polar des années ’70- rien ni personne ne pourra en détourner Stefan, tant il semble presque déterminé à compiler en quelques jours toutes les conneries à éviter. Genre déplaire à son patron si on n’est pas foutu d’exercer un autre métier que celui pour lequel il nous paie, et pour lequel des tas d’autres gars sont aussi compétents que lui. Genre se mettre en cheville avec des mecs qui portent leur malhonnêteté et leur agressivité en étendard. Genre dragouiller la jolie femme blonde d’un de ceux-ci. Si l’intrigue se révèle au final ultra-simple tant elle fait appel à de grandes figures classiques du roman noir –la blonde désœuvrée, le patron en mauvaise posture juridique, les gros bras très méchants- elle passionne immédiatement grâce à son traitement chronologique, l’ordre d’apparition de ses personnages et son découpage en courts chapitres. Au-delà, les superbes planches de Loustal –grandes cases très colorées, personnages faussement hiératiques- achèvent de nous scotcher définitivement à l’album. De la bd de haut vol, à la parfaite croisée de la modernité et du classicisme. 

Nicolas Fanuel

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster