Cette machine tue les fascistes

Pécau, Jean-Pierre

Bande dessinée

Delcourt, 2016, 79 pages, 17.95 €

:) Un combattant du siècle - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Cette machine tue les fascistes

C’est en février 1945 que l’ingénieur russe Sergueï Souvarov conçut le nouveau char lourd IS2, destiné à rendre sa suprématie à l’armée soviétique dans sa lutte contre les Allemands. Ces derniers s’appuyaient depuis trop longtemps sur leurs fameux Tigres auxquels aucun tank allié ne résistait jusqu’ici. Prototype de l’insoumis, Souvarov avait été extrait du goulag pour remplir la mission de donner à l’armée rouge l’engin à même de contrer les Tigres. Motivé par la haine toute personnelle qu’il voue aux nazis, il mena sa tâche à bien et mit au point une machine qui allait servir jusqu’aux années ’80 sur divers champs de bataille. Pour le récompenser, l’armée lui permit de parrainer le 500e tank IS2 sorti des usines. Ce qu’il fit en peignant la phrase « Cette machine tue les fascistes » sur le flanc de l’engin, phrase-slogan tirée d’une chanson de Woody Guthrie. Sergueï n’aura de cesse de suivre ce 500e tank à la trace. Il le baptise « La Machine » et le retrouve sur divers lieux de combats pour le réparer et l’améliorer.

Centré sur le parcours commun de « La Machine » et de son ingénieur Souvarov, l’intrigue de Pécau retrace les divers conflits auxquels prit part l’URSS et, ce faisant, rappelle quelques moments marquants de l’histoire de la seconde moitié du XXème siècle. S’il porte toute l’attention qu’ils méritent à certains seconds rôles (les divers équipages qui se sont succédé dans l’engin), c’est surtout à la personnalité de Sergueï qu’il s’attache : exalté, jusqu’au-boutiste, ne se souciant que de La Machine et surtout de sa mission –tuer le plus possible de fascistes- le personnage effraye par sa haine, avant que les raisons qui la motivent ne nous soient livrées et nous le rendent compréhensible, à défaut de sympathique. Si la première moitié du récit avait capté toute notre attention grâce à l’angle original sous lequel elle  traite la fin de la deuxième Guerre Mondiale, la seconde nous a semblé moins réussie, sans doute parce qu’elle donne l’impression de survoler plusieurs sujets (la Hongrie, Cuba) et de s’attarder sur des personnages qui nous ont parus superficiels (la combattante cubaine). Une demi-réussite scénaristique donc, servie par un dessin plus à l’aise dans la restitution de son cadre (paysages, villes et tanks) que de ses personnages, parfois figés dans d’improbables postures. 

Nicolas Fanuel

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