Héléna

Jim, Lounis Chabane

Bande dessinée

Bamboo, 2014, 76 pages, 16.9 €

:) :) L'argent ne fait pas le bonheur - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Héléna

Dents spécialement blanchies pour l’occasion, un soleil éclatant dans un ciel d’un bleu vacances au-dessus de sa décapotable, Simon peut semble-t-il se permettre d’arriver une petite demi-heure en retard à son propre mariage. Ni la future mariée ni aucun des invités ne s’en offusquent, comme s’il était impossible d’en vouloir à ce garçon, qui parait aussi à l’aise dans sa peau qu’avec son entourage : souriant, drôle et charmant, il fait l’unanimité. Pourtant, il abuse : alors que tout le monde l’attend dans l’église cette fois, il aperçoit, à quelques mètres du parvis, une jeune femme qui lui en rappelle une autre. Tant pis pour ceux qui l’attendent, il rebrousse chemin et s’aperçoit qu’il s’agit bien de Héléna, cette fille dont il fut amoureux une bonne partie de sa jeunesse, sans être payé en retour. D’ailleurs, lorsqu’il l’aborde, alors qu’ils échangent quelques mots, lui dans son costume d’apparat, elle, les mains sur les poignées d’une poussette, elle ne se souvient même pas de son prénom. Qu’importe, la rencontre bouleverse tellement Simon qu’il n’arrive pas, quelques instants plus tard, à prononcer le oui que toute l’assistance attend devant le prêtre. Sa cote de popularité en prend un sale coup.

Encore une fois -ce n’est pas une critique, au contraire- le scénariste Jim creuse un sillon dont il semble se faire une spécialité : comme dans « Où sont passés les grands jours ? » (dont nous republions ici la critique parue dans notre version papier à l’époque), il met en scène de jeunes trentenaires, ni tout- à-fait sortis de l’enfance ni entièrement entrés dans un monde où être adulte signifie être stable, responsable, constant et dépourvu de failles. Il y a quelques années, Dupuy et Berbérian avaient, avec leur série « Monsieur Jean », abordé le même univers, sur un ton plus ironique certes. La solution trouvée ici par Simon pour apprivoiser celle qui ne l’aime toujours pas n’aurait pas effleuré Monsieur Jean. En effet, Simon a les moyens : il peut proposer 1000 euros à la jeune femme pour lui tenir compagnie trois heures tous les jeudis, pendant un mois. Quant aux conséquences, pas sûr qu’il les ait envisagées. Car la question  principale posée dans ce premier tome reste : peut-on, avec le temps et la patience (et de l’argent), réussir à se faire aimer d’une personne qui, de prime abord, n’éprouve pas grand-chose à votre égard ? Loin de verser dans le convenu, l’histoire de Simon ménage certains rebondissements agréablement étonnants, et nous touche, pour une bonne part grâce à sa superbe mise en image (dessin très ligne claire de Chabane, couleurs très justes de Delphine) du contraste entre le cadre idyllique dans lequel il vit (appartement luxueux situé dans une ville toujours ensoleillée qui pourrait bien être Nice), son confort financier, et sa mélancolie intérieure. Et là, le propos des auteurs confine à l’universel : à quoi bon tout ça si celle que l’on aime nous échappe ?

Nicolas Fanuel

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