IMAGES INTERDITES

PARINGAUX & MYLES

Bande dessinée

Casterman, 2010, 39 €

:) :) POUR QUI SONNE LE GLAS ? - critique complète

Couverture
Couverture du livre: IMAGES INTERDITES

La boîte en carton dur est scellée par un licol enroulé autour de deux bobines. La pièce est lourde, démesurée, elle a la saveur d’un antique grimoire, mystérieux et respectable. Le contenu est à l’avenant : un ouvrage beau, broché sous une couverture en carton fort et rugueux, ornée d’un dessin collé et renforcée d’une bande noire adhésive. Une cinquantaine de feuilles épaisses qui accueillent d’une part des dessins (pleine pages ou casés) d’une extrême beauté, travaillé un peu à la façon de Rockwell, d’autre part d’énigmatiques petits textes, escales anodines d’un voyage au cœur de l’ineffable, de l’inéluctable.

Car, en fil rouge, il y a le signe. Cette espèce d’éperluette (§), de symbole d’infini que le « héros » du récit repère partout, autant dans l’environnement urbain que naturel : il orne le porche d’une construction à l’utilité inconnue, le bassin d’une fontaine publique, le dos d’une veste en cuir, le logo d’une pompe à essence ou d’un transporteur, le tronc d’un arbre…Que signifie-t-il ? Est-il une marque de ralliement, l’indice d’un complot ourdi par une société secrète, la signature du Malin cherchant à étendre son ombre sur le monde ? Poussé par une curiosité malsaine, l’homme solitaire que nous accompagnons ici va tenter de se rapprocher de la vérité. Une vérité que le monde n’est pas prêt à accepter, ni même à concevoir.

Le caractère d’étrangeté de cet ouvrage est évident. Son prix, justifié, devrait le réserver à un public de collectionneurs ou de fieffés curieux. Cet exercice de style, qui jouit d’une atmosphère de menace délayée et d’angoisse sirupeuse, fait figure d’ovni littéraire et témoigne de l’expression de talents conjugués : le texte (parfois volontairement hermétique comme dans ses feuillets issus du journal secret qui nous initie au mystère) comme l’illustration (figée, pastelle, instantanés d’une époque révolue), rappellent les ambiances feutrées et vénéneuses de certains récits d’Edgar Poe ou de H.P. Lovecraft. Quant à la fin, inattendue et de ce fait pleinement réussie, elle constitue une ultime preuve du caractère insoluble et indicible du Signe. Un symbole qu’on laisse nous hanter, le temps de sortir de l’état de torpeur hébétée qu’on ressent une fois le livre à nouveau dissimulé dans son écrin protecteur. De l’art qui mérite une place sous le sapin. (EA)

Eric Albert

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