L'ESPION DE STALINE

KREITZ, Isabel

Bande dessinée

Casterman, 2010, 252 pages, 16 €

:) :) Ombre et Brouillard - critique complète

Couverture
Couverture du livre: L'ESPION DE STALINE

Voici un livre d’un format assez inhabituel : le roman graphique. Le principe est assez simple : un nombre de pages conséquent au service d’une histoire dense, le tout dans un format plus proche du roman justement que de la bande dessinée. Le thème est ambitieux et ne vise rien moins que l’évocation de l’action du maître-espion Richard Sorge durant le seconde guerre mondiale, plus précisément dans les mois qui ont précédé Pearl-Harbour. Ce qui est fou, c’est que tous ces évènements véridiques auraient plutôt tendance à faire passer l’homme pour un héros de roman. Et pourtant, cet agent au minimum double – les nazis pensaient qu’il travaillait pour eux alors qu’il était entièrement acquis à la cause de Staline - a réellement eu la possibilité d’infléchir le cours de la seconde guerre mondiale puisqu’il annonça les accords entre le Japon et l’Allemagne, la date exacte du début de l’opération Barbarossa et l’attaque de Pearl Harbour. Hélas pour lui, Staline ne tint aucun compte de ses informations. Probablement que nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire… Sorge ne fut fait Héros de l’Union Soviétique qu’en 1964 et les historiens s’accordent à dire que Staline n’aurait pas voulu le faire de son vivant parce qu’il ne pouvait pas reconnaître qu’il avait négligé une information capitale qui coûta la vie à plusieurs millions de personnes.

Isabel Kreitz a choisi un angle d’attaque intéressant en faisant majoritairement raconter l’histoire en flashbacks par des témoins de l’époque, notamment par le biais de la romance qui finit par naître entre l’homme traqué et une musicienne berlinoise en exil volontaire. C’est astucieux et le tout fonctionne plutôt bien. Côté dessin, entièrement en noir et blanc, deux sentiments prévalent : on regrette une certaine imperfection dans la réalisation des personnages alors que l’on est rapidement subjugué par les décors de l’époque, notamment les très belles représentations des villes chinoises et japonaises. Globalement, on accroche réellement à cet univers et l’envie de terminer l’histoire prévaut. Ce bel ouvrage se clôture sur un article consacré à la vie de l’espion et les deux dernières pages renouent discrètement avec le dessin pour évoquer le destin de ceux qui croisèrent la route de Sorge : ses complices, les femmes qui l’avaient aimé, les diplomates de l’ambassade d’Allemagne bernés dans les grandes largeurs. Beau, sérieux, rigoureux, animé par une adroite utilisation de la trame romanesque, ce livre mérite tout votre intérêt. Personnellement, j’y vois même un vecteur très intéressant de la connaissance au sens large. Car, il permet d’apprendre en prenant du plaisir.

Alain Quaniers

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