LA POSITION DU TIREUR COUCHE

TARDI & MANCHETTE

Bande dessinée

Futuropolis, 2010, 99 pages, 19 €

:) :) :) Pas un pour relever l'autre - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA POSITION DU TIREUR COUCHE

Martin Terrier est un con. Tout au long de cette histoire, plusieurs personnages ne se gêneront d'ailleurs pas pour le lui signifier, au point qu'il ne tardera pas à en être convaincu. Jugez vous-même : âgé de vingt ans, il quitte son trou perdu en jurant à Alice, sa bien-aimée, de revenir la chercher dix ans plus tard. En retour, celle-ci, jeune et innocente (?) lui promet de l'attendre. Dix années de boulot de mercenaire et de tueur à gages plus tard, revoilou le Terrier, nez au vent et ne doutant de rien, plein d'espoir que son Alice va l'accueillir à bras ouverts et que son patron, Monsieur Cox, va laisser ainsi filer son porte-flingue préféré, à qui il destinait justement une mission de prime importance. Terrier tombe de haut : Alice est maquée avec un nouveau riche et porte sur le monde un regard pour le moins réaliste si pas désabusé, la soeur d'une de ses anciennes victimes veut lui faire la peau et Monsieur Cox lance des tueurs armés jusqu'aux dents à ses trousses. Son plan de carrière et la vie qu'il avait rêvée ont décidément du plomb dans l'aile.

Dans une récente interview à 'La Libre', Tardi avouait avoir voulu rester le plus fidèle possible au texte du roman de Manchette. Ce respect de l'oeuvre -qui dénote sans doute un respect tout aussi grand de son auteur- contribue à la réussite de cette adaptation. Au coeur de l'intrigue, la France des années '70, l'époque-phare des romans de Manchette, celle des Citroën DS, des Peugeot 504, des attentats politiques et celle, surtout, d'un Paris encore à taille humaine, tel que Tardi aime à le dessiner. Mais au coeur de cette 'Position du tireur couché', il y a également la violence, omniprésente, et que Tardi présente avec le même réalisme qui prévalait dans ses récits de la Première Guerre mondiale. Treize morts non-accidentelles et non-naturelles, sans compter celles d'un chat et d'un corbeau, toutes présentées dans leur laideur la plus crue. Un crâne éclate sous les balles, un torse est transpercé à coups de fourche et un homme explose sur une mine. Les plus endurcis des tueurs sont perclus de trouille et le sang coule à flots. Cette violence, comme innée chez la plupart des personnages ici présents -et dont aucun n'arrive à susciter la moindre empathie de la part du lecteur, Terrier le premier- s'installe en tous cas comme partie prenante de leur psychologie et de leur manière de fonctionner. Elle semble être pour eux la seule manière d'arriver à leur objectif pourave : le fric. Car oui, si le cadre de l'époque pouvait encore faire illusion quant à une certaine douceur de vivre, Manchette devait sentir que l'ambiance générale commençait à tourner à l'aigre, que les motivations commençaient à puer le dollar et que la cote de la vie humaine tendait à accuser une sérieuse baisse sur les marchés. Et comment mieux refléter tout ça qu'avec une intrigue polardeuse à souhait, dans laquelle chaque personnage n'a d'importance qu'en fonction du fric qu'il peut rapporter aux autres? Ceux qui ne valent rien prennent du plomb, les autres peuvent espérer quelque répit. Pour Terrier, il sera de courte durée.

Nicolas Fanuel

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