LE DAHLIA NOIR

ELLROY, MATZ, FINCHER, HYMAN

Bande dessinée

Rivages/Casterman, Noir, 2013, 170 pages, 20 €

:) :) :) Pur Ellroy - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LE DAHLIA NOIR

Fameuse prise que celle-ci pour la collection « Rivages/Casterman/Noir » qui, depuis quelques années maintenant, creuse le catalogue « Rivages/Noir » pour nous en proposer des adaptations en bande dessinée. Si certains titres nous ont laissés dubitatifs, celui-ci convainc totalement grâce au talent des auteurs placés aux commandes. Adapter Ellroy relevait de la gageure pour ne pas dire du casse-gueule. C'est en adaptant finalement le moins possible (ou en en donnant l'impression, ce qui est sans doute encore plus fort) que Matz (« Le Tueur ») et David Fincher (« Seven », « Zodiac ») remportent haut la main le défi. Aussi formidablement complexe que le texte d'Ellroy, leur scénario ne concède aucune facilité au lecteur : personnages nombreux, sous-intrigues multiples et lignes de force qui s'entrecroisent restent la norme, les deux compères allant jusqu'à reprendre in extenso des dialogues du roman. Au dessin, Miles Hyman (auteur de toutes les couvertures de la série « Le Poulpe ») ne souffre lui non plus aucune critique : son trait semble comme sorti des intrigues ellroyiennes : grandes cases dans lesquelles les personnages apparaissent saisis par un polaroid première génération, couleurs tantôt pastelisées, tantôt plein soleil, le tout donne une parfaite impression de réalisme, mâtinée d'un style propre à la peinture américaine tendance Hopper. Certaines cases, ou même certaines planches sont tout simplement superbes, d'une rare puissance d'évocation, et l'on prend un vrai plaisir à s'y attarder au fil de la lecture. Pour rappel, l'intrigue se focalise sur le meurtre d'une jeune femme dans le Los Angeles du direct après-guerre. Eviscéré, mutilé et coupé en deux, le corps est retrouvé dans un terrain vague. Il s'agit de celui d'Elizabeth Short, 25 ans, une jeune fille qui, comme beaucoup d'autres à L.A., essayait de percer dans le cinéma et qui vivait d'expédients. Deux flics, Bucky Bleichert et Leland Blanchard, amis et coéquipiers, relèvent les moindres indices et creusent toutes les pistes, sans résultat probant. Le croisement et les effets de miroir entre leurs trajectoires personnelles, l'histoire de la ville de L.A. et l'enquête qu'ils tentent de résoudre nouent véritablement le coeur de l'intrigue, au point que, parfois, la découverte du nom du coupable fait figure de chimère, d'enjeu de peu d'importance d'une improbable quête. Plus tenace et plus obsédé par l'affaire que son ami, Bucky semble pourtant bien décidé à dénicher le tueur. Véritable fresque-témoin d'une époque révolue et de lieux disparus, « Le Dahlia Noir » frappe autant par sa complexité que par son apparent réalisme cru, duquel une forme de fantasmagorie n'est pas absente, augmentant ainsi son magnétisme pour toutes les générations de lecteurs de romans noirs. Et cette version, loin de tout déflorer du roman, lui rend le plus bel hommage qui soit : celui de donner aux lecteur d'y aller voir de plus près. Ou même d'y retourner. (N.F.)

Nicolas Fanuel

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster