Média : Tome 1 : L'idéaliste

Richelle, Philippe

Bande dessinée

Glénat, 2010, 48 pages, 12 €

:) :) :) Dans la toile - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Média : Tome 1 : L'idéaliste

A 17 ans, et pour avoir rendu la monnaie de sa pièce à un pion doté d'une tronche de président de parti libéral, Manu Courvet se voit attribuer un nouveau logement, fortement encadré. A l'institut 'Les Bleuets', au contraire de ce que l'on aurait pu redouter, Manu va faire de belles rencontres, de celles que l'on n'oublie pas, à tel point que l'on ne serait pas plus étonné si certain personnage repointait le bout de son nez dans un tome ultérieur de cette nouvelle série. C'est une dizaine d'années plus tard que nous retrouverons Manu, sorti depuis longtemps du foyer d'éducation et parisien d'adoption. A la recherche d'un job dans l'audiovisuel, il vit de petit boulot en petit boulot, fait la connaissance d'une nouvelle voisine et finit, au culot, par décrocher un job dans une société de production qui travaille presque exclusivement pour TV1, la première chaîne française. Comme dans la vraie vie, TV1 est la propriété d'un magnat du bâtiment, Henri Bourges. A moment où Manu rentre à Répertoire Prod, le fils de Bourges, Bertrand, se voit chargé de reprendre la direction de la chaîne. Au sein de l'entreprise, quelques personnes ne voient pas cette nomination d'un très bon oeil.

A l'image d'un roman d'apprentissage, ce premier tome de 'Média' voit un jeune provincial cabochard et généreux effectuer ses premiers pas dans le dur milieu de l'audio-visuel parisien. Dans un environnement où l'apparence et le fric dominent, Manu accordera peut-être trop vite sa confiance à des aigrefins plus rodés que lui à l'art de la manipulation et des coups tordus. Jusque là, rien de bien original, sauf que l'on pressent tout ce que ce premier tome -même s'il satisfait déjà tout seul l'appétit de lecture- comporte de prémisses à une trame plus vaste, et notamment avec le personnage de Bertrand Bourges, sans doute nettement moins 'fils à papa' que son entourage ne le croit. A l'image de ses autres séries (« Les Coulisses du Pouvoir »; « Secrets bancaires » et « Amours fragiles »), le scénariste Philippe Richelle tisse une toile -cette fois principalement raccordée au monde des médias- aux ramifications éminemment politiques, économiques et financières, sans que jamais l'intrigue ne souffre de la moindre complexité rebutante. En resserrant son histoire au maximum, tout en lui assurant suffisamment de fond pour la doter de toute la crédibilité nécessaire, et en limitant le nombre de personnages à une galerie bien campée et à la psychologie de prime abord évidente mais qui réserve sans doute quelques surprises, il se livre à une plongée des plus prometteuses dans un univers qu'il n'avait jusqu'ici qu'abordé succinctement. Au dessin, il collabore cette fois avec Marc-Renier, un auteur qui a surtout exercé son art dans des bd plus historiques (« Black Hills »; « Le masque de fer ») mais qui nous paraît tout aussi à l'aise ici. Ses planches se basent sur des cases plus grandes qu'à son habitude et il semble avoir dépouillé son trait au maximum, ce qui assure à son récit une clarté -rehaussée par les couleurs vives choisies par Guy Raives- exemplaire. L'ensemble se révèle d'une lisibilité parfaite et distille une dynamique qui force à tourner les pages sans qu'aucun retour en arrière ne soit nécessaire pour assurer une bonne compréhension. Puisant avec parcimonie mais justesse dans l'actualité récente aussi bien pour les faits dont ils s'inspirent que pour donner des visages connus à leurs personnages, le nouveau tandem Richelle/Marc-Renier livre ici une bande dessinée riche, profonde et que l'on prend plaisir à relire -ce qui est de plus en plus rare dans la production actuelle. Hautement recommandé donc.

Nicolas Fanuel

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