Mon ami Dahmer

Backderf, Derf (Traduit par Soubiran, Fanny)

Bande dessinée

2015, 236 pages, 8 €

:) :) :) Mon ami, le futur tueur en série - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Mon ami Dahmer

Originellement publiée chez Cà et Là, cette bande dessinée vient de paraître en format poche chez Point et, oh, joie !, force est de constater que cette transposition ne nuit en rien à la lisibilité immédiate de sa mise en page, ni à la force d'évocation du trait de l'auteur. Visages allongés aux traits crispés, personnages longilignes aux postures presque figées, noir et blanc permanent : pas de doute, nous sommes bien dans une bande dessinée américaine, façon Charles Burns. Les amateurs apprécieront mais que les autres ne s'enfuient pas trop vite car, si Backderf ne renie pas ses origines, son récit se révèle très vite d'un dynamisme plus accrocheur que certains romans graphiques à la veine souvent trop contemplative, remplis d'interminables récitatifs et d'autres longueurs inutiles et lassantes. Car dès le départ, ce qui frappe, c'est le réalisme de l'entreprise, le côté « enquête journalistique » sur un ton romancé qu'adopte Backderf, et qui capte notre attention dès les premières cases. A l'image d'un Truman Capote dans son « De sang froid », c'est à une histoire vraie qu'il nous convie, et d'autant plus vraie qu'il l'a lui-même vécue. Backderf, adolescent dans une petite ville de l'Ohio durant la deuxième moitié des années '70 va, tout comme des dizaines d'autres ados, côtoyer Jeffrey Dahmer, futur tueur en série et, à ce moment-là, simple étudiant au milieu d'une école de province surpeuplée. A l'image de nombreux auteurs américains, Backderf ne tente nullement d'expliquer -et encore moins d'excuser- le comportement du Dahmer « adulte » par sa vie d'adolescent. Il se contente de raconter. Raconter la vie de famille -mère psychotique, père absent, divorce- du futur tueur, de retracer ses relations avec les autres étudiants, son intégration -dès plus réduite- dans la vie sociale et plus particulièrement dans le cadre scolaire. Ce faisant, il brosse un chemin, pavé de faits qu'il a vécus ou qu'il a recueillis et qu'en tous cas, il a toujours vérifiés et recoupés en bon journaliste qu'il est. L'ensemble donne une histoire toujours passionnante, à mi-chemin entre le récit des petits événements du quotidien d'une bande d'ados et le ciblage des autres anecdotes qui, mises bout à bout, auraient pu mettre la puce à l'oreille des adultes de leur entourage. La banalité du mal, ou tous cas, de son origine.   

Nicolas Fanuel

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