Nestor Burma contre CQFD

MOYNOT

Bande dessinée

Casterman, 2016, 72 pages, 15 €

:) :) Aux trousses d'une rousse - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Nestor Burma contre CQFD

L’alerte avait surpris Burma devant une librairie. Un bombardier anglais traînait au-dessus de Paris et les sirènes invitaient les habitants du quartier à rejoindre l’abri le plus proche. De l’immeuble jouxtant la librairie déboula une jeune femme rousse qui attira immédiatement l’attention du détective. Très jolie mais surtout très pressée, la donzelle s’échappa dès que possible de l’abri dès la fin de l’alerte et, guidé par son instinct, Nestor ne put s’empêcher de la filer. Plus finaude qu’il ne l’aurait cru, celle-ci le sema, obligeant le privé à rebrousser chemin. Arrivé à proximité de la librairie, il s’entendit héler de l’immeuble d’où sortait la rousse par son vieux pote le commissaire Faroux. Double surprise puisqu’à l’étage du bâtiment gisait le cadavre d’un homme dans la poche duquel Faroux avait trouvé un carton publicitaire de l’agence Fiat Lux. Très doué pour jouer l’innocent, Burma botta en touche et décida d’entamer ses propres investigations.

 

Chronologiquement, cette enquête de Burma se situe juste après le fameux « 120 rue de la Gare ». Écrite par Léo Malet et publiée en 1945, elle se déroule en 1942 dans le Paris occupé par les troupes allemandes. On y retrouve un Burma tentant de réactiver son agence qu’il avait été contraint de mettre en veille pour cause de séjour imprévu en stalag. À cette époque, la vie des parisiens est tout sauf folichonne : tickets de rationnement, menus faméliques dans les brasseries, ersatz de café et pénurie de tabac constituent leur lot quotidien. Léo Malet avait connu cette période, et cet arrière-plan est fidèlement rendu par Emmanuel Moynot. Tout y est : le décor, les voitures, les fringues des personnages et surtout leur franc-parler propre à dérider les plus tristounets, le tout au service d’une intrigue tordue à souhait, à la paternité indéniable. Léo Malet fut un des tout grands du polar français, l’auteur d’une œuvre résolument originale pour l’époque, écrite avec un soin et une attention rares pour la langue française. L’adapter en bd ne doit pas être une sinécure et pourtant, Moynot, toujours en conservant l’univers graphique imaginé par Tardi, en veillant à restituer à propos les dialogues et pensées intimes des personnages, nous régale véritablement par son dessin expressif, précis et extrêmement lisible. L’intrigue en ressort parfaitement mise en valeur, l’on se réjouit de suivre les pérégrinations de Nestor Burma au point de se surprendre à s’y replonger, à l’affut d’un élément qui nous serait passé inaperçu. Youpie !

Nicolas Fanuel

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