Un homme de joie : Tome 1 : La ville monstre

François, David

Bande dessinée

Casterman, 2015, 56 pages, 13.95 €

:) :) :) Dans la ville debout - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Un homme de joie : Tome 1 : La ville monstre

C'est sur des dessins de l'effervescence qui devait régner au centre d'accueil des nouveaux immigrés d'Ellis Island que s'ouvre ce premier tome de la nouvelle série de David François et Régis Hautière. On y suit le parcours de Sacha, un jeune gars en provenance d'Europe de l'Est et désireux, en ce début de 20e Siècle, simplement « de ne pas crever », comme il se le dit à lui-même lorsqu'il s'interroge sur le pourquoi de sa venue en Amérique. « Pas d'autre envie que celle de survivre » ajoute-t-il, en pensant sans doute à la situation désespérée de ses compatriotes restés en Ukraine, pays mis à sac par Staline. Seul compte pour lui de trouver un logement et un travail, ce qui s'avérera plus compliqué que prévu : dans le flot d'immigrés, les patrons peuvent se permettre de choisir ceux qu'ils veulent et de les payer au lance-pierre. Mais la solidarité entre ukrainiens joue et Sacha dégote un grenier dans un immeuble qu'une vieille folle à légué à ses chiens. Lors d'une des promenades qu'il effectue avec un des canidés en contrepartie du logement qu'il occupe, Sacha rencontre Tonio. Ce dernier va lui faire découvrir le véritable New-York, celui des syndicats et de la mafia.

Résolument emballant dès ses premières planches, ce volume inaugural nous entraîne à la suite d'un jeune immigré débrouillard et visiblement courageux dans un New-York où règne la prohibition et où les buildings n'en finissent pas de se construire, entreprise à laquelle il va d'ailleurs collaborer puisque c'est sur le chantier d'une des tours que Tonio le fera embaucher. Ce qui vaudra au lecteur de superbes planches mettant en scène des ouvriers sur les hauteurs de la ville : paysage brumeux à leurs pieds posés sur des poutrelles métalliques, vertige et fierté à la clé. Hautière et François avaient déjà uni leurs talents en 2010 avec « De briques et de sang », chroniqué positivement dans le numéro 61 de votre fanzine favori. Les voici de retour dans un récit où Hautière laisse poindre son attachement aux « petites gens », comme il le fait dans « La guerre des Lulus ». Pas de héros sans peur et sans reproche dans ses récits, mais bien de simples quidams tentant de s'en sortir au mieux vu les circonstances. Ainsi qu'une galerie de personnages parfaitement atypiques et qui risquent bien de lancer l'intrigue vers des thématiques totalement inattendues. A l'époque, nous avions écrit, à propos du dessin de François qu'il était « de prime abord assez peu attirant -en cause, l'ambiance continuellement sombre des cases, les personnages aux visages peu amènes (ah, ces moustaches!!!) et au physique parfois trop esquissé » mais qu'il se révélait progressivement « pas si désagréable et en tous cas en phase avec l'intrigue ». Relisant les planches issues de cette première collaboration, force nous est de reconnaître une importante évolution. Plus dynamiques, tantôt éclatées sur base d'un grand paysage couvrant l'entièreté de la page, tantôt agencées plus classiquement par 8, les cases se révèlent d'une lisibilité parfaite et d'une très grande beauté et, oui, ça se confirme, en parfaite symbiose avec l'histoire. Une très belle réussite donc que ce début new-yorkais de Sacha, d'une apparence faussement classique et dont on devine -déjà rien qu'au titre générique- qu'il va sans doute prendre un tour surprenant par la suite, attendue avec impatience.  

Nicolas Fanuel

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