AU PIED DE LA LETTRE

ETIENNE, Jean-Louis

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Presses Universitaires de Valenciennes, Textes en contexte, 2016, 302 pages, 19 €

:) :) JEAN RAY - THOMAS OWEN : CORRESPONDANCES LITTERAIRES - critique complète

Couverture
Couverture du livre: AU PIED DE LA LETTRE

Jean Ray - Thomas Owen : correspondances littéraires / Jean-Louis Etienne. – Presses Universitaires de Valenciennes, 2016. – 302 pages. – (Textes en contexte ; 4). – 19 €

Ray, Owen…Ces deux noms brillent au firmament de la littérature belge fantastique. Figures emblématiques du genre, aujourd’hui malheureusement tombés quelque peu en désuétude, ces deux auteurs ont écrit les plus belles pages de la littérature « de peur » belge. Contemporains, ils auront aussi entretenu une correspondance abondance et se seront retrouvés unis sur le chemin d’une destinée, tantôt aventureuse voire rocambolesque pour l’un, tantôt placide et linéaire pour l’autre.

De Jean Ray, la mémoire collective aura retenu « Malpertuis », « La Cité de l’Indicible Peur » ou les aventures du Sherlock Holmes américain « Harry Dickson » ; De Thomas Owen, de façon moins marquée sans doute, une série de recueils de nouvelles frissonnantes.

Plus que leur aura commercial, l’ouvrage revient sur la biographie entremêlée des auteurs – à travers différentes époques, du début du XX°siècle à la date de la mort respective des protagonistes -, leur bienveillance réciproque, et l’observation du thème de la peur qui définit parfaitement leur œuvre.

Pour le profane, il est une expression, émanant de Thomas Owen lui-même, portant « chez Jean Ray, le monstre enfonce la porte ; Chez moi (Owen, donc), il souffle un peu de fumée à travers la serrure ». Et je ne peux qu’approuver cette image. La peur, choquante, de l’un et celle, diffuse, pernicieuse, latente de l’autre laissent le lecteur au bord d’un abîme de terreur. Ils illustrent les deux pans de l’effroi : celui du face à face létal et celui du malaise non moins traumatisant.

Bien qu’on pourrait considérer leur art d’écrire comme légèrement dépassé, il n’en reste pas moins partie prenante de l’émotion que leurs récits diffusent. Il n’est pas « has been » de lire Ray et Owen, en témoignent les rééditions de leurs œuvres (deux titres de Ray viennent de sortir de presse chez Alma éditeur) et leur persistance dans les rayons des meilleures bibliothèques publiques du royaume.

L’ouvrage de Jean-Louis Etienne arrive donc à point nommé. Car en offrant un nouvel éclairage aux auteurs étudiés, en livrant dans leur biographie croisée des éléments qui entrent en résonance avec bon nombre de leurs textes, en illustrant les propos par de nombreux documents (couverture de livres, lettres manuscrites, articles de presse, et de précieuse set érudites notes de bas de page !) originaux, le lecteur prend pleinement conscience de l’importance indéniable que Jean Ray et Thomas Owen ont eu, et ont encore, au panthéon des littérateurs de la peur, même au-delà des frontières.

Jean Ray, de son vrai nom Raymond De Kremer, et Thomas Owen, né Gérald Bertot (son pseudonyme est issu du nom d’un personnage crée par…Georges Simenon), ont également entretenu une légende autour de leur personne : Ray a été emprisonné plusieurs années (6 ans et six mois) pour faux en écriture, s’est évadé durant la guerre, en compagnie de membres de sa famille, en produisant de faux bons de sortie ; Owen a frôlé la mort à 13 ans et il a séjourné chez une tante, en Gaume, où il a découvert les récits terrifiants du terroir, les reprenant bientôt à son compte.

Alors que Ray peste contre la diffusion minimale de ses livres, Owen commence à publier, sous le pseudonyme de Stéphane Rey. Gérald Bertot admire les écrits de Gérard Kremer et il obtient de sa part de puissants encouragements.

C’est l’association littéraire « Les Auteurs Associés » qui leur donnera l’occasion de se côtoyer. Mais c’est surtout grâce à l’éditeur Marabout – qui exploite une collection de livres fantastiques fondatrice, fort prise par les nombreux amateurs du genre - que leur amitié se révélera.

De rencontres en hommages – l’un et l’autre n’hésitant pas à mettre en scène leurs avatars dans leurs récits (par exemple, dans « Au cimetière de Bernkastel » d’Owen où les deux compères partent à la recherche d’un vampire non-mort) – les deux amis n’auront de cesse de poursuivre une œuvre puissante – aux styles pourtant très différents – dont s’empareront de nombreux critiques de presse mais également universitaires. Citons, par exemple, la grosse étude sur Jean Ray que l’on doit au spécialiste Arnaud Huftier (« L’Alchimie du mystère », 2010), qui signe ici une préface qui vaut une exégèse (attention aux amateurs non avertis !).

« Les correspondances littéraires » de Jean Ray et Thomas Owen constitue une pierre solide et fédératrice à l’édifice de leur renommée. Il agit comme une piqûre de rappel et pourra convaincre le lecteur de se (re)plonger dans les œuvres de deux monstres sacrés.

Jean-Louis Etienne réussit avec son livre un tour de force où transparaît toute la passion qu’il voue aux auteurs étudiés. Et il cite, en passant, deux ou trois fois « Encre Noire » qui a accueilli dans ses pages nombre de ses articles et chroniques. C’est « chez nous » qu’il a également révélé un autre pseudonyme de Thomas Owen, à savoir « Monsieur Arsène », utilisé pour signer des chroniques de presse.

Eric ALBERT

Eric Albert

Commentaires

Jean- louis Etienne: Vous meritéz un medaille d' or!!! Encore une fois , tous mes félicitations!! Je vous souhaite beaucoups de succes!!! J 'attent une nouvelle révélation!!

Lebbe Marc il y a 7 mois

Bedankt, Marc !

Jean-Louis Etienne il y a 1 mois

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