22/11/63

KING, Stephen

Fantastique

Albin Michel, 2013, 952 pages, 29.5 €

:) :) :) ALLERS-RETOURS - critique complète

Couverture
Couverture du livre: 22/11/63

Le thème du voyage dans le temps a, depuis des lustres, déjà été exploité en littérature. Il est même un thème reconnu comme fondateur de la science-fiction.

Si ce sujet est tellement prisé, c'est, d'une part, parce qu'il concrétise un grand rêve de (presque) chacun d'entre nous, à savoir la possibilité de retourner en arrière pour avoir la liberté d'agir autrement ; d'autre part, parce qu'il porte en lui une des énigmes les plus perturbatrices pour nos cerveaux étriqués : si nous retournons dans le passé, ne modifierions-nous pas immanquablement l'avenir ? Théorie du chaos, déterminisme, effet papillon,...autant de passionnantes questions restées – jusqu'ici – sans réponse.

Et ce n'est pas dans le gros pavé de King que nous en apprendrons beaucoup plus. Bien sûr, le thème est présent avec toutes ces interrogations, mais jamais, il ne devient le point central de l'histoire (si ce n'est à la fin – aïe spoiler!).

Le voyage dans le temps n' y est qu' un prétexte, l'élément déclencheur d'une intrigue fournie qui va nous balader, cinq ans durant, dans l'Amérique des sixties.

L'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963, fait également figure de faire-valoir. Ici aussi, les différentes théories du complot ou de l'opération individuelle préparée par Lee Harvey Oswald sont évoquées mais jamais étudiées en profondeur. Loin d'être des ressorts de l 'histoire, ils en servent néanmoins la trame.

La trame, justement. King, en grand écrivain qu'il est (na!), a pris plaisir à reproduire un monde avec sa vision des sixties : le mode de vie, la situation politique (crise de Cuba, guerre froide, etc), la personnalité parfois caricaturale – mais qui parle à notre conscience collective – de personnages trempés de traditionalisme, voilà quelques éléments qui portent le récit...et peut en expliquer sa longueur, jamais rébarbative.

Jake Epping découvre, grâce à son ami Al, un pauvre homme sur le déclin, une faille temporelle, à l'arrière d'une boutique de magasin. Pour y être allé plusieurs fois, Al sait qu'il s'agit d'une porte ouverte vers les années soixante dans lesquelles il peut voyager à sa guise (du moins le croit-il – aïe spoiler!). Quelle que que soit la durée de sa virée dans le passé, seulement deux minutes s'écoulent dans le monde « réel ». Il n'en faut pas plus à Jake pour le convaincre de tenter l'aventure avec un objectif précis : éviter l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Débarqué en 1958, Jake, qui se fait a appeler George Amberson, tente de se fondre dans la société d'alors. Il atterrit à Derry, une bourgade polluée (où sévit un clown tueur d'enfants – tiens, tiens...) puis rejoint la ville de Jodie où il s'installe, en tant que professeur intérimaire et écrivain à ses heures perdues. Il accepte une première mission, sous l'impulsion d'Al, mourant : sauver une famille du massacre perpétré par le père Dunning, un soir d'Halloween. Encouragé par l'aspect positif de son intervention (il tue le père massacreur), c'est avec une détermination fondée que Jake, pardon George, entreprend la longue attente jusqu'à un certain 22 novembre 1963. Pour vivre, il peut compter sur de petits boulots ainsi que sur les gains générés par les jeux de pronostics sportifs (puisqu'il connaît à l'avance l'issue de certains grands combats).

Deux événements vont cependant lui compliquer la tâche, émotionnellement et dans la pratique : il tombe sous le charme de Sadie, une bibliothécaire de Jodie dont l'ex-mari a infligé une cicatrice bien trop visible lors d'une altercation houleuse ; par ailleurs, la chance qu'il affiche pour les paris sportifs attire l'attention de mafieux qui finissent par le passer à tabac. C'est donc amoureux et mal en point que George va devoir poursuivre son chemin.

Il espionne les déplacements de Lee Oswald, depuis son retour de Russie, est témoin des quelques rencontres suspectes qu'il entretient (notamment avec un certain M. Mohrenschildt qui pourrait être le véritable instigateur de l'assassinat fatal au Président (aïe, spoiler!), se permet même de côtoyer un instant, son épouse.

L'heure venue, le voyage vers Dallas, l'identification des lieux (dont le fameux TSBD et le parcours présidentiel) et...la suite des événements vont se transformer pour Sadie et George en parcours de croix, bravant les obstacles que la fatalité – ou le passé qui peut se montrer tenace et réticent au changement – sème sur leur chemin.

Je ne révélerai pas la fin de ce passionnant récit (non, pas de spolier!) qui, s'il ne se focalise pas directement sur l'événement évoqué dans le titre nous fait cadeau, dès les premières pages, d'une kyrielle de personnages attachants, vivants et d'une description de société documentée.

King semble apprécier de plus en plus cette étude psychologique de personnages : leur parcours, bien que parallèle au récit en lui-même s'y insère parfaitement. Ajoutez son inénarrable talent pour vous accrocher et ne plus vous lâcher et vous obtenez un roman haletant, tendre, intimiste, brutal, étonnant, dramatique, un peu fantastique, un peu SF, un peu littérature générale...bref, un melting pot d'émotions et de plaisir de lecture qui ne se dément pas.

Un nouveau grand et gros King. Juste comme on les aime. (EA)  

Eric Albert

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