DOCTEUR SLEEP

KING, Stephen (Traduit par Gassie, N.)

Fantastique

Albin Michel, 2013, 586 pages, 25 €

:) ABRA...CADABRA - critique complète

Couverture
Couverture du livre: DOCTEUR SLEEP
Tordons d'entrée le cou au mythe, largement diffusé dans les medias : "Dr Sleep" n'est pas la "suite" de "Shining". "Dr Sleep" exploite à nouveau un personnage existant dans un autre roman de King, en l'ayant fait vieillir. Rappelez-vous, à la fin du livre original, l'hôtel Overlook explose tandis que Danny, Wendy, sa mère, et ce bon vieux Dick Hallorann s'en tirent de justesse !
"Dr Sleep" reprend l'intrigue, pour quelques pages, juste après les événements de l'hôtel. On y apprend que Danny a appris à enfermer dans des caveaux mentaux les souvenirs traumatisants vécus dans les montagnes du Colorado (comme l'apparition de la bonne vieille Madame Massey, dans la baignoire de la chambre 217). Il devrait théoriquement être tranquille et serein. Sauf que sa vie a pris le même chemin vers l'alcoolisme que son père, et qu'il est aujourd'hui, dans la quarantaine, au stade 0 de la déchéance.
Il possède toujours son talent mais ne l'utilise qu'avec parcimonie.
C'est un homme dévasté, errant, passant de petit boulot en combine trouble...jusqu'à ce qu'il atterrisse à Frazier, une petite ville dans l'Etat de New-York, et qu'il fasse la connaissance de Casey. L'homme prend Dan sous son aile, le force à s'inscrire aux Alcooliques Anonymes et à suivre leurs réunions, et lui procure un travail.
Alors que Dan remonte doucement la pente, il apprend l'existence, à la maison de repos Rivington, d'un chat, Azraël, qui semble doué du talent de prévenir la mort des résidents, en s'installant sur leur lit un peu avant le moment fatal. Dan lui-même se découvre le pouvoir d'aider les mourants à passer de l'autre côté, sans douleur ni angoisse, tant et si bien qu'il est devenu le "Dr Sleep" (docteur sommeil) de l'établissement.
Par le truchement d'un pédiatre qui fréquente également le cercle des AA, Dan fait la connaissance d'Abra, une jeune fille de douze ans dotée des mêmes pouvoirs que lui, mais à la puissance 100. Elle parvient, par exemple, à faire léviter toute une batterie de couverts jusqu'au plafond ou à entrer dans la tête de certaines personnes dont elle peut lire ainsi les pensées.
Elle commence à se sentir en danger après avoir "vu" la mise à mort brutale et cruelle d'un jeune garçon, par le fait de curieux personnages se déplaçant en camping-cars, et semblant se nourrir de la "vapeur" s'échappant du corps mourant de leur victime. Elle sait que Rose, une femme au chapeau de sorcière et à l'unique dent pointue, l'a repérée. Et elle n'a plus désormais qu'un seul but : s'emparer d'Abra afin de puiser toute la puissance exceptionnelle de sa vapeur.
Dan et Abra vont unir leurs talents afin de tenter de venir à bout de ces sortes de vampires psychiques qui se nomment "le noeud vrai". 

La grande question que s’est posée King lorsqu’il a mis en chantier ce roman, c’est s’il serait capable de terrifier ses lecteurs, à l’instar de « Shining ». Désolé mais la réponse est non. Tout d’abord, et comme dit en entame, « Dr Sleep » n’est pas une véritable suite de « Shining ». L’environnement, la tension, la figure du mal (« Tromal »), les personnages sont fondamentalement différents. Il n’est plus question de bâtisse monstrueuse avec un labyrinthe de couloirs, ni de cloisonnement claustrophobique, ni de fantômes tentateurs ou revanchards (ou si peu, à la fin, mais cela restera secret pour garder un des rares effets de surprise du récit). King réussit beaucoup mieux dans ses descriptions de déchéance alcoolique (il est sobre depuis près de trente ans mais il a été un alcoolo – et un toxico – impénitent) et dans la mise à mort d’un tout jeune garçon (il nous met carrément mal à l’aise et nous fait sentir coupable de poursuivre la lecture – l’enfant allant jusqu’à demander, au travers de la brume de ses souffrances, qu’on mette fin à sa vie, par pitié !) que dans ses scènes fantastiques. Les vilains de l’histoire, cette « tribu » qui se nourrit du pouvoir psychique du Shining, sont suffisamment néfastes et horribles dans leur nature (ils « cyclent », cela signifiant qu’ils peuvent rajeunir à volonté, suite à l’absorption de « vapeur » qu’ils conservent dans des fioles hermétiques) pour faire passer un petit frisson. Mais il manque ce petit quelque chose qui ferait de « Dr Sleep » un nouveau chef d’œuvre, après le monumental « 22/11/63 ». Une fin autrement trépidante (cela paraît trop facile et convenu, à l’instar de « Dôme »), un courant de tension continue,…

Aucun amateur de King ne pourra se passer de la lecture de ce livre. Et, sûr, ils passeront un bon moment. King reste un fabuleux conteur. Que je préfère, personnellement, dans l’exercice d’une inspiration renouvelée. (EA)

Eric Albert

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