DOME

KING, Stephen (Traduit par Desmond, W.O.)

Fantastique

Albin Michel, 2011, 1194 pages, 44 €

:) :) :) :) KING...DOME - critique complète

Couverture
Couverture du livre: DOME

 

Aah, on l’aura attendu ce livre ! On aura même désespéré de le voir enfin exister en français, en voyant tour à tour les éditions allemande, néerlandaise, italienne, espagnole sortir en nous narguant, nous, les « pauvres » lecteurs francophones seulement capables d’apprécier une littérature proposée dans la langue de Voltaire.

Que peut expliquer ce retard de l’édition française par rapport aux autres publications européennes ? William Olivier Desmond, traducteur régulier de King, connu pour être exigeant et précis dans un travail qui lui tient au corps, n'a cependant pas traîné pour livrer le manuscrit français (9 mois d'un travail quotidien assidu et certainement passionné). Le fait que, selon l’expression consacrée, le « français chasse… » (ce qui exprime la nécessité d’utiliser de longues phrases au vocabulaire étudié pour rendre parfaitement des idées ou des concepts que la langue de Shakespeare a le don de comprimer en quelques vocables) peut néanmoins apporter un peu d'eau au moulin de ce débat. Puis, il y a les contraintes éditoriales, le marché qui doit étaler les sorties des auteurs importants afin de susciter chez l’acheteur l’envie irrépressible d’acquérir le dernier roman « to be read » sans le placer dans la situation douloureuse de devoir choisir entre deux « noms ».

Tout cela crée une certaine frustration. D’autant plus que l’édition française a déjà (presque) un retard de quatre livres en ce qui concerne Stephen King : « Blockade Billy » , « Full dark, no stars » , « 11/22/63 » (attendu pour la fin de l’année Outre-Atlantique) ; sans oublier le nouvel épisode de « La Tour Sombre » (pour début 2012).

Un coup d’œil aux différentes éditions mondiales de ce « Dôme » fait également apparaître une troublante constatation : l’édition française est une des rares à proposer le roman en deux volumes, énormes (plus de 600 pages chacun), et à un prix, évidemment, double (comptez 50 €). Souci de présentation aérée, cachet à offrir à l’œuvre ? Ou bien manœuvres bassement mercantiles ? Comme aurait-dit Delarue, « ça se discute » ; pour notre part, on ne va pas en faire « toute une histoire ».

L’essentiel est que nous pouvons lire « Dôme ». Enfin. Et que nous pouvons dès lors nous faire notre propre opinion sur un ouvrage qu’on ne cesse de qualifier du chef d’œuvre suprême d’un auteur éminemment (et à sa façon) sympathique.

Alors donc, un beau matin d’automne, les habitants de la petite bourgade de Chester’s Mill prennent conscience que leur petite ville est désormais complètement séparée du reste du monde par un dôme transparent, fait dans un matériau évoquant le verre. Cette prison soudaine s’élève à plusieurs kilomètres dans le ciel, provoquant un accident d’avion quelque peu…fracassant, tandis qu’au sol, une pauvre belette et une…main humaine se font couper en deux, des véhicules s’écrasent sur la muraille invisible…Le champ de force se révèle également meurtrier pour les porteurs de pace-makers.

Au moment où la « cloche à fromage » se dépose sur la bourgade, Dale Barbara, un vétéran d’Irak employé dans le restaurant « Sweet Briar Rose » de Chester’s Mill, cherchait à quitter la région, suite à une altercation houleuse avec Junior Rennie, le fils du deuxième conseiller municipal. Prisonnier comme les quelques 2000 autres habitants, Dale Barbara est rapidement contacté par le général Cox de l’armée américaine afin de prendre le commandement militaire du village. Ce qui, bien entendu, n’est pas au goût de Big Jim Rennie, un politique véreux et pourri, vendeur de voitures d’occasion et, accessoirement, tête pensante d’un trafic de drogue local, qui voit dans le dôme la possibilité d’enfin régner sur sa ville comme il l’entend. Il ne tarde pas à monter une milice d’aspirants policiers autour de lui – qui ne sont pas à une exaction près - et s’arrange pour faire accuser Barbara des meurtres de quatre habitants locaux.

Tandis que l’armée se perd en conjecture et que deux missiles ne sont pas parvenus à égratigner la structure transparente, une résistance s’installe contre la main-mise de Rennie et ses sbires. A sa tête, Julia Shumway, journaliste au « Democrat » qui détient des informations très compromettantes au sujet de Rennie et qui entend faire libérer Barbara par tous les moyens.

La persistance du dôme commence peu à peu à avoir des conséquences inquiétantes sur la qualité de l’air ambiant.  Elle exacerbe également la fragilité de certains résidents : les actes désespérés et les suicides se multiplient, l’angoisse étreint les cœurs, le désespoir fait loi.

Des événements paranormaux surviennent : des enfants tombent dans une sorte de catalepsie au cours de laquelle ils expérimentent des visions d’horreur mettant en scène des chutes d’étoiles roses et un monstre d’Halloween en panoplie complète.

Un trio de petits génies de l’informatique découvre, presque par hasard, une étrange boîte métallique au sommet d’une colline. La boîte émet des radiations ainsi qu’une petite lumière violette. Il ne fait aucun doute qu’elle génère le dôme. Mais elle s’avère impossible à déplacer d’un millimètre. De plus, la toucher provoque également des visions : des visages d’enfants recouverts d’un masque de cuir dépourvu d’émotion…

En dire davantage ne serait pas opportun. En grand connaisseur de l’ « American way of life », en observateur – parfois désabusé – de ses semblables, King s’attache bien plus à la psychologie et aux conditions de survie de ses personnages, principaux ou plus anecdotiques, qu’à l’origine du Dôme en lui-même. Il apparaît beaucoup plus comme un prétexte horrifiant que comme le leitmotiv du récit. Certains critiques voient dans ce roman une allégorie politique et sociale des Etats-Unis. Il est vrai que le caractère de Big Jim Rennie et de son second font furieusement penser au couple Bush-Cheney…

La très grand force du roman, au-delà d’une construction impeccable qui parvient à maintenir le suspens de bout en bout (exceptées les 50 premières pages du second volume, poussives) réside donc dans la description de la lente descente aux enfers d’une poignée d’habitants, contraints de vivre en vase clos : la destinée poignante de Sammy Bushey, véritable jouet des policiers en herbe ;  la dégénérescence inéluctable du fils de Big Jim, Junior, soumis aux pires migraines (menant à des penchants criminels) ; la mésaventure d’Aidan et Alice Appleton, deux enfants séparés de leur mère partie faire des courses au mauvais moment…

A l’instar de Castle Rock (proche voisine) dans « Bazaar », la petite ville de Chester’s Mill ne pourra résister très longtemps aux inimitiés, aux désirs de pouvoir, à la cupidité et à la…bêtise humaine. Nous conviant à une apocalypse finale terriblement oppressante, King n’hésite pas à sacrifier la grande majorité de ses personnages.

Enchaînés à l’écriture du Maître, le lecteur est captif dès le premier chapitre et partage donc – avec ravissement et répulsion – les affres de protagonistes parfois à la limite de la caricature.

Sur une si longue distance, le roman tient toutes ses promesses. Rythmé par une série d’événements parfaitement sertis les uns dans les autres, électrisé par une tension constante, ponctué d’un humour de situation ou de simples mots (rencontrer dans un même livre un « Barbie » (surnom de Dale Barbara) qui n’est pas loin d’être un homme d’action (« Action Man ») et un « Big Jim Rennie » n’est certainement pas une coïncidence), « Dôme » n’en souffre pas moins d’une manque de cohérence et d’une fin, d’un dénouement, qui, bien qu’interpellant dans sa portée morale, n’est pas à la hauteur de ce qu’on pouvait en attendre.

La cohérence s’effrite d’une part par la série de catalepsies et de visions d’Halloween subies par les enfants qui ne trouvent pas un prolongement narratif – suffisant - à la fin du récit, et d’autre part, par le fait que le Dôme épouse parfaitement les limites communales de Chester’s Mill. Un tel souci du détail fait plutôt penser à une manœuvre  militaire insidieuse qu’à une délimitation arbitraire d’un terrain d’expérimentation extraterrestre. Si ce ressort est là pour brouiller les pistes, il est parfaitement adapté mais cependant peu crédible au vu de l’origine du Dôme.

Enfin, un élément important n’a-t-il pas été omis dans ce déluge de feu et d’action ? : le réseau des égoûts. Car s’il est avéré que le Dôme ne laisse passer qu’un peu d’air et qu’il est capable de tarir le courant d’une petite rivière, à tout le moins devrait-il provoquer, sous terre, une congestion de déchets, rejets et eaux usées de toutes sortes provenant des égoûts. Ajoutez à cela les rats, bloqués eux aussi, et qui auraient pu déferler en surface, amenant un nouveau climax de terreur et d’effroi…

Le dénouement quant à lui apparaît d’une simplicité déconcertante (genre « demandez et vous serez exaucés ») mais génère l’angoissant questionnement de la place de l’homme devenu le pantin – ou la fourmi sous la loupe – d’une civilisation extraterrestre pour laquelle il serait d’une insignifiance totale.

Certains esprits chagrins arguent que cette histoire de Dôme fait furieusement penser au pitch du film « Les Simpsons ». King serait-il un odieux copieur ? Que nenni ! D’ailleurs, il jure ses grands dieux qu’il n’a pas vu le film en question…L’idée du dôme version King est bien antérieure à celle de Matt Groening. Car le présent roman a une gestation de près de 30 ans ! Au départ, c’est un roman à peine esquissé (1976) puis une nouvelle appelée « Les Cannibales » (1983), qui a exploité l’idée d’une petite communauté prisonnière d’un espace clos et résolu à l’anthropophagie. Les 120 premières pages sont d’ailleurs disponibles gratuitement sur le site officiel du Maître. Enfin, en 2007, ayant retrouvé le manuscrit original dans un fond de tiroir, King a tenté de lui redonner corps. Il aura donc fallu une troisième tentative pour accoucher de son troisième plus gros roman.

Un roman « chorale », à classer dans la même catégorie que « Le Fléau » ou « Ca », avec une multitude de personnages et un combat entre le Bien et le Mal bien ancré au centre des péripéties.

Un récit époustouflant, à éviter par les lecteurs trop sensibles ou allergiques à un parler relativement cru.

Pour les amateurs du Maître, « Dôme » n’est rien moins qu’un régal. A déguster à la petite cuillère.

Encore une fois, (Big Jim) Rennie va faire du bien à votre estomac… de lecteur avide de sensation, d’émotion et d’imagination. (EA)

Eric Albert

Commentaires

DOME de Stephen King va sortir en livre de poche en mars, et une série télévisée sur la chaine US : CBS, à partir de la fin juin 2013!

Club Stephen King il y a 4 ans

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