L'ENFANT DE CRISTAL

ROSZAK, Théodore (Traduit par Ochs, E.)

Fantastique

Librairie Générale Française, 2010, 601 pages, 7.5 €

:) :) :) SONGE DE CRISTAL - critique complète

Couverture
Couverture du livre: L'ENFANT DE CRISTAL

Aaron Lacey est un jeune garçon atteint de progeria. Cette maladie génétique provoque un vieillissement prématuré de l'ensemble du corps , faisant ressembler les victimes à des vieillards, alors que celles-ci ne comptent qu'une dizaine d'années. Le pronostic de vie est évidemment pessimiste. Julia Stein, gérontologue, tente par tous les moyens, y compris ceux que réfutent la médecine traditionnelle, de venir en aide au jeune garçon qui fait preuve d'une intelligence, d'une dignité et d'une lucidité étonnantes.

Est-ce la conséquence d'une de ses médications « marginales » ou le développement d'un processus vital inédit qui fait que, subitement, Aaron Lacey semble rajeunir, quitter les fripes de la vieillesse, retrouver force et dynamisme ? Nul ne peut le dire.

Ce qui est sûr, c'est que l'adolescent refuse catégoriquement de retourner vivre chez ses parents. En-dehors de tout cadre légal, Julia prend l'enfant sous son aile, chez elle, au grand dam de son mari et de son fils. Totalement obnubilée par la métamorphose qui se produit sous ses yeux – et peut-être grâce à elle – Julia commet l'irréparable : elle se laisse séduire physiquement par son protégé. Ebats dont son fils est le témoin et qui va déclencher la déchéance familiale et professionnelle de la praticienne: accusée de pédophilie, rayée de l'Ordre des médecins, abandonnée de tous (sauf d'un ancien ami qui la soutient en écoutant avant tout les élans de son coeur), Julia finit en prison... A sa sortie, elle tâche de retrouver Aaron. Serait-il réellement devenu l'hôte plus ou moins désiré d'un milliardaire excentrique qui possède toutes les caractéristiques du médecin fou, l'énigmatique docteur De Leon ?Ayant fait de la recherche de la jeunesse éternelle le leitmotiv de sa carrière bâtie à coups de dollars et de manipulations bassement commerciales, gourou sectaire régnant sur un groupe d'hommes et de femmes naïfs et fortunés, le docteur De Leon veut percer les secrets de la nouvelle jouvence d'Aaron Lacey. Invitée dans la clinique-forteresse du médecin mégalomane, Julia va découvrir l'ampleur de la folie de son hôte et suivre, pas à pas, l'évolution organique du garçon. Car Aaron ne rajeunit pas : ayant dépassé les limites extrêmes de la vieillesse, il a gagné un strate supérieure de l'évolution. Une dimension d'existence qui exclut le temps, qui balaie les frontières corporelles, qui fusionne l'esprit et le corps en un amalgame proche de la nature du cristal, l'élément cosmique originel...

Ce roman ne vous laisse pas intact. Il vous interpelle, longtemps encore après sa lecture. Son fond, comme sa forme, ont de quoi surprendre et séduire, ce qui explique la faim de découverte qui nous étreint et qui donne à ces quelques 600 pages touffues une saveur incomparable.

Le fond d'abord : l'hypothèse de l'auteur est novatrice : le développement de l'être humain ne se limite pas aux étapes conventionnelles de l'enfance, de l'adolescence, de l'âge adulte et de la sénescence. Il y a, après ces parcours de croissance, d'autres états, d'autres métamorphoses fonctionnelles qui mènent à un état de communion totale avec la nature de ce qu'est l'univers : une déclinaison infinie de modélisations diverses et variées du cristal. Ce qui permet à Aaron Lacey, garçonnet tour à tour sympathique, pathétique, effrayant et menaçant, de perdurer, c'est la prise de conscience que le temps, invention purement humaine, détermine chaque moment de notre vie, nous emprisonne, tel un boulet au pied d'un bagnard. Si on parvient à faire abstraction du temps, on abolit automatiquement les notions d'écoulement temporel. Les aiguilles de l'horloge perdent donc de leur symbolisme et les minutes qui s'égrènent n'ont plus de prise sur la plus ou moins longue expédition vers notre mort.

La forme, ensuite : linéaire, le texte est élégant, le vocabulaire précis. L'auteur est un spécialiste, un professionnel exigeant et on sent à chaque instant la maîtrise qu'il déploie sur ses thèmes et ses personnages. Ce qui peut déstabiliser, par moments, c'est le schéma temporel de la narration. Car Roszak, sans doute fidèle à sa thèse, se permet d'abstraire le temps, prolongeant la description d'une scène de quelques minutes sur plusieurs pages avant de nous emmener lors du chapitre suivant plusieurs semaines, mois ou années plus tard.

Cela n'entache en rien la qualité du roman, un des plus ambitieux du moment au niveau des idées. Seule la fin de l'intrigue, la façon dont Julia et son protégé parviennent à...leurs fins (je ne vais pas tout vous dévoiler quand même) apparaît décevante car déconcertante de facilité.

Mais baste, l'action n'était sûrement pas le mot d'ordre du récit. « L'Enfant de cristal » propose avant tout un questionnement philosophique et humain ; il est un voyage aux confins de notre propre nature. Une formidable incursion dans un univers original et novateur. (EA)

Eric Albert

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