LA LIGNEE. TOME 1

DEL TORO & HOGAN (Traduit par Collon, H.)

Fantastique

Pocket, Thriller, 2010, 573 pages, 7.8 €

:) :) PINTE DE VRAI SANG BLANC - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA LIGNEE. TOME 1

Un avion se pose à l’aéroport Kennedy de New York. A son bord, les passagers et l’équipage sont passés de vie à trépas, de manière inexplicable. Alors que les corps sont dispatchés vers différentes morgues pour autopsies, un étrange cercueil noir rempli de terre est découvert dans la soute. Il s’avère que quatre personnes ont survécu au carnage : elles développent toutes un comportement violent et leur métabolisme général semble en proie à des modifications profondes. Bientôt, les quelques deux cents cadavres extraits de l’avion disparaissent des morgues. Ils se répandent en ville, semant la mort, la terreur, transformant leurs victimes en zombies assoiffés de sang qui grossissent leur rang. Témoin de cette horreur, Abraham Setrakian, un vieil homme survivant de l’Holocauste nazi, alerte les agents de la santé publique en charge de l’affaire de l’avion : selon lui, un vampire issu du fond des âges est à l’origine du fléau ! D’abord incrédules, le Dr Ephraïm Goodweather et sa collègue Nora Martinez doivent se rendre à l’évidence : Setrakian a vu juste et s’ils veulent enrayer la malédiction jusque là cantonnée sur Manhattan, ils devront s’allier et accepter d’aller ensemble au-delà de l’horreur…

Voici un ouvrage qui constitue à lui seul un petit événement. D’abord, par l’association des auteurs : Chuck Hogan est déjà (re)connu comme un faiseur de thrillers ambitieux et bien ficelés (salués par Stephen King) et Guillermo Del Toro est bien le réalisateur de films tels que « Hellboy », « Blade II » ou l’oscarisé « Labyrinthe de Pan ». Connaissant ce dernier pour son imagination débordante empreinte d’originalité, on pouvait donc espérer retrouver cette même marque de fabrique dans ce qui constitue, en fait, le premier volet d’une trilogie consacrée aux…vampires.

Le vampirisme est exploité ad nauseam ces temps-ci. Les créatures « select » d’Anne Rice ont laissé la place à d’autres entités autrement inquiétantes (telles celles que pourchasse l’héroïne de Laurell K. Hamilton) ou plus préoccupés de leurs sentiments ambivalents (Stephenie Meyer) sans parler de toute la production « BitLit » qui en découle.

Mais Hogan et Del Toro jouent, fort heureusement, dans un autre registre. Le vœu de Del Toro est de retracer l’histoire du vampire depuis l’antiquité et de se démarquer des poncifs « à la Stoker », en bâtissant une histoire sur trois tomes décrivant le renversement progressif de l’espèce humaine par la race vampirique.

Le vampire de Del Toro n’a que peu de rapports avec le Comte Dracula et se soucie peu des moyens de défense classiques dont les humains disposent. La propagation du Mal s’identifie davantage à l’action d’un virus extrêmement puissant (des vers blancs contenus dans le sang modifié des victimes) qui transforme littéralement les organes du corps : les appareils digestifs et respiratoires se muent en poches d’absorption sanguine tandis que la luette et la langue fusionnent en un long aiguillon rétractable (qui, au passage, fait diablement penser à celui de l’alien de Giger). La conscience s’altère également, menant les sujets atteints jusqu’à un comportement agressif portés par un appétit insatiable de sang et une violence décuplée.

Si la créature new look de Del Toro vaut à elle seule la lecture de ce livre, les personnages – bien humains – auxquels il donne vie épaississent une sauce déjà bien fédératrice : la personnalité de Setrakian porte l’intrigue et le développement du récit de manière optimale tandis que la description des bouleversements apportés par le fléau au niveau des relations interpersonnelles saupoudre l’ensemble d’une couche émotionnelle prégnante.

La troisième caractéristique qui ressort de ce premier opus est sans nul doute la présence d’une multitude de scènes éprouvantes, allant du glauque basique à l’horreur ultime dépassant les limites du concevable : transformations physiques, peinture psychologique des états altérés, pestilence des secrétions corporelles, éviscérations, décapitations, immolations, j’en passe et des pires retourneront les estomacs des plus aguerris.

Ce dernier aspect, très cinématographique, laisse à penser que Del Toro pourrait adapter prochainement son œuvre pour le grand écran. Grâce à l’écriture de Chuck Hogan, il dispose déjà d’un synopsis visuel du meilleur effet – au-delà d’une relative facilité littéraire -.

Dan Simmons a salué « La Lignée » comme étant un mix entre « Je suis une légende » et « Salem ». Sa modestie l’a certainement empêché d’y ajouter son propre « Echiquier du mal ».

Quoi qu’il en soit, « La Lignée » est un livre à recommander toute affaire cessante. Les volumes à suivre ne pourront, sous l’égide de Del Toro, que confirmer l’intensité de ce premier et nous emmener vers des contrées que le plus imaginatif d’entre nous ne pourrait qu’entr’apercevoir. (EA)

Eric Albert

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