LA LIGNEE. TOME 2 : LA CHUTE

DEL TORO & HOGAN (Traduit par Moreau, E. et Bernet, J.-B.)

Fantastique

Presses de la Cité (Paris), La Lignée ; 2, 2010, 325 pages, 21.8 €

:) :) UN MONDE OU LES MAUX FILENT… - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA LIGNEE. TOME 2 : LA CHUTE

Josef Czardu a fait Sécession. Il a renié la Communauté des Grands Anciens Vampires et poursuit, seul, la conquête de l’Humanité.Assoiffé de pouvoir, il peut compter sur son armée pour gagner de plus en plus d’adeptes transformés par la grâce de leur Aiguillon incubateur, y compris d’innocents enfants aveugles. Il a également à sa solde le sinistre Eldritch Palmer, un homme politique influent à qui l’Immortalité a été promise contre la facilitation de certaines entreprises dans les hautes sphères dirigeantes.

Pour contrecarrer ses desseins destructeurs, Abraham Setrakian, un ancien prisonnier des camps de concentration nazi qui a assisté à l’éclosion du vampire renégat, et Ephraïm Goodweather, scientifique du CDC qui a alerté l’opinion publique sur le fléau en cours d’expansion, auront fort à faire ! Traqués de toutes parts, bouleversés jusque dans leur chair profonde par leur expérience personnelle avec les strigoï (la femme d’Eph est aujourd’hui un monstre à la recherche « sanguinaire » de son fils, Zack), ils rencontreront sur leur route chaotique des alliés déterminés mais par trop naïfs ou pathétiques (cet ancien catcheur en quête de rédemption !). Le seul espoir qui les anime, et qui leur donne la force d’anéantir des brassées entières de leurs semblables au sang blanc infesté de vers, c’est la perspective de mettre la main sur un très vieux livre, « l’Occido Lumen ». Cet ouvrage contient en effet l’histoire de l’origine des Grands Anciens ainsi que la manière de s’opposer au Maître Czardu, voire de le détruire. Mais n’est-il pas déjà trop tard ? La pandémie ne cesse de s’étendre et bientôt, Eldritch Palmer parvient à prendre le contrôle de l’industrie nucléaire locale. Tout est en place pour provoquer la Grande Nuit, celle qui permettra aux Strigoï de sonner le tocsin de l’Humanité…

Guillermo Del Toro et Chuck Hogan poursuivent leur saga vampirique avec un deuxième volume épique et désespérant à la fois. On y retrouve le suspense et les scènes d’horreur qui fleurissaient déjà dans le premier volume,  « La Lignée »,  mais le récit évolue dans un registre traumatique exacerbé à mesure que l’emprise des strigoï sur l’humanité s’intensifie jusqu’à un point de non-retour…

Jouant sur le fibre familiale, Del Toro et Hogan installent une atmosphère que certains trouveront racoleuse mais qui a le don évident de toucher le cœur du lecteur. De la peur à la pitié, de la pitié à l’horreur, de l’horreur au désespoir, la palette des sentiments s’étoffe à mesure que ceux-ci s’entrecroisent.

Les motivations des différents protagonistes principaux (surtout des « mauvais » soit dit en passant) s’éclaircissent et dénotent l’imagination réellement perverse des auteurs. En cohabitant avec la barbarie et l’expression nauséeuse de la nature même et de la biologie des strigoï, la portée psychologique haineuse des créatures de la nuit complètent le tableau apocalyptique que constitue ce deuxième volume.

On traverse « La Chute » avec un sentiment de malaise grandissant, l’angoisse sublimée par la description de ce monde, le nôtre, qui malgré la gangrène qui le ronge, semble vouloir conserver ses institutions (la vente aux enchères pour l’acquisition de l’ « Occido Lumen » en acquiert une saveur d’incongru).

Serait-ce un effet de la traduction ou une tendance verbeuse de Chuck Hogan, le texte semble parfois lourd, les descriptions malhabiles. Peut-être les phrases sont-elles un peu longues, ce qui contraste avec l’envie brûlante de dévorer les pages, phagocytant ainsi légèrement notre capacité de compréhension ? Soit, c’est un moindre mal en regard de la construction maîtrisée, du découpage subtil et de l’imbrication linéaire des différentes péripéties en évolution.

En tant qu’amateur de fantastique, je n’ai pu m’empêcher d’établir quelques corrélations entre le roman et quelques illustres prédécesseurs : ainsi, le vénérable Setrakian rappelle le ténébreux Van Helsing de « Dracula » tandis que la fin du récit semble à peine calquée sur l’épilogue du « Fléau » de Stephen King.

« La Chute » est une lecture âpre, terrifiante à plus d’un titre, et répondra sans coup férir aux attentes des amateurs d’histoires fortes et éprouvantes. Le « haut du panier » du moment. (EA)

Eric Albert

Commentaires

La lignée dépoussière et actualise mais décalque de près le Dracula de Bram Stoker:  le "maître" arrive non plus par bateau  en Angleterre mais par avion à New York, installe son repère dans les l'excavation géante des Twin Towers au lieu des ruines de l'abbaye de Carfax. Le docteur Van Helsing, traqueur de vampires, cède la place un alter ego, Sétrakian, rescapé des camps d'extermination, tous deux lancent la chasse aux vampires en compagnie d'un petit groupe dont les membres entreetiennent des ressemblances (présence d'un médecin, contamination de la femme d'un des membres du groupe qui a subi l'attaque du vampire, etc). Même construction: l'arrivée du prédateur, le mal à l'oeuvre, l'ouverture de la chasse.Ainsi de la même façon que l'auteur de la série des  Harry Patter s'est inspirée de L'île du Crâne d'Anthony Horowitz, Guillermo del Toro a puisé à la source de Bram Stoker, tous deux ont brodé, étiré, développé, orné le récit fondateur de toutes les étincellles de leur imaginaire.. Ce qui vérifie les lulmineuses études du Palimpseste de Gérard Genette.

sarah il y a 6 ans

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