LA VENGEANCE DU LOUP

MAZEAU, Jacques

Fantastique

Le Masque (Paris), 2011, 428 pages, 17 €

:) Du fantastique qui ne fait pas peur - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA VENGEANCE DU LOUP

Muriel Lacan, parapsychologue (sic), est appelée à rallier le village de Mende, dans la Lozère, où un étrange phénomène s’est déroulé : Le cantonnier, notoirement connu pour son alcoolisme, prétend avoir vu les époux Lefort, un notable et son épouse décédés, se disputer devant leur tombe ! Le pauvre homme s’en est évanoui de frayeur ! Fait troublant : la tombe a effectivement été descellée, sans qu’aucune trace de passage d’une machine puisse l’expliquer.

Muriel contacte le commissaire Michel Fabre, avec lequel elle a travaillé précédemment*, afin qu’il s’y rende avec elle. Non pas qu’il soit versé dans le paranormal – il serait même plutôt sceptique ! - mais il est fin observateur, et pourra l’épauler efficacement. De plus, il lui plaît, et elle a envie de le revoir.

Quelques jours après leur arrivée, le cantonnier est retrouvé égorgé devant la tombe en question. Sa blessure serait due à un grand chien, ou peut-être un loup. Hors, tout le monde sait qu’il n’y a plus de loups en libertés dans la région depuis longtemps…

Jacques Mazeau manie le roman de terroir comme le policier fantastique, prenant toujours comme cadre une nature aussi sublime que potentiellement hostile. Il situe cette fois tout son roman au cœur d’une petite ville de province, où ragots et jalousies vont bon train. Il est facile d’entrer dans son univers, et de suivre son récit. Ses personnages principaux sont sympathiques, même si leur attirance l’un pour l’autre paraît assez gentille et conventionnelle. Ils se chamaillent, s’irritent, mais on sait bien qu’ils finiront par s’entendre.

Dans le même esprit, il faut reconnaître que l’aspect ésotérique de son histoire, jamais effrayante, reflète un esprit bon enfant, mais aussi une certaine banalité. Le roman fantastique, qu’il évoque les revenants ou la lycanthropie, ne peut souffrir la médiocrité, au risque de tomber dans le ridicule le plus absolu. Jacques Mazeau n’en n’est certes pas là, mais malgré tout son talent, à aucun moment, le lecteur n’est surpris. Juste un peu ennuyé de voir se dérouler sous ses yeux certains clichés. Ainsi du loup-garou blessé lors d’une échappée nocturne, et que l’on pourra identifier facilement une fois revenu sous sa forme humaine ; le prêtre exorciste (à remarquer que chez Stephen King, ces deux-là ne faisaient qu’un !), le caractère plutôt cocasse de la scène de ménage entre les revenants Lefort, la jeune fille prude amoureuse du mystérieux Hugo,... Le Bien et le Mal, incarnés par deux hommes de la localité, se livrant des combats ésotériques dans leur sous-sol respectif,…

A cela s’ajoutent certains points restés obscurs : Le but des Lefort est clarifié de façon implicite : la vengeance, oui, mais pourquoi par ce biais précisément?

On regrette également que la scène finale soit si peu intéressante au niveau des protagonistes essentiels, totalement passifs et spectateurs : On aurait sans doute apprécié qu’ils s’affrontent, que «chacun relaie un minimum ses sentiments par rapport à ce qui se passe. Par contre, le lecteur bénéficie d’un long épilogue, qui explique les tenants et aboutissants de l’intrigue, mais d’un seul point de vue. Quid de la malédiction du lycanthrope ? Comment a été tué lé témoin gênant (on sait qui l’a tué, mais le journal intime du tueur ne relate pas les faits récents (Pardon d’être aussi sibylline, mais il m’est difficile d’expliciter sans déflorer toute l’intrigue).

Il faut aussi signaler la présence d’erreurs grossières : Lucienne Lefort est-elle en définitive décédée en 1986, en 1987…ou en 1984?! Trois mentions différentes pour un décès, il faudrait savoir ! Et pourquoi Fabienne Lefort prend-elle un « Ice tea » dans le frigo (p348), pour jeter ensuite une canette de « Coca » (p352) ? Dommage, Jacques Mazeau n’est pourtant pas un amateur ne sachant tenir ses notes.

L’intérêt de l’histoire réside dans cette famille où tous se détestaient, et au milieu de laquelle évoluait un sorcier, un vrai. Car si le fantastique est bel et bien assumé en tant que tel, le moteur de tout cela, ce sont « des hommes et des femmes en chair et en os, avec leurs secrets, leurs magouilles et leur perversité ». En cela, le roman avait un beau potentiel de départ.

* Dans « le pont de l’Aigle » et « L’or des Maures »

Barbara Mazuin

Commentaires

C'est Michel qui pose sa canette de Coca vide (Page 352).

marmara mazuin il y a 7 ans

Et Michel Fabre devient un moment donné le Commissaire Delambre... De la même manière, le fils de Muriel prénommé Andrew dans les deux premiers opus devient William dans ce dernier roman !

Henri il y a 2 ans

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