NUIT NOIRE, ETOILES MORTES

KING, Stephen (Traduit par Gassie, N.)

Fantastique

Albin Michel, 2012, 482 pages, 22.9 €

:) :) :) STUPEUR ET TREMBLEMENTS - critique complète

Couverture
Couverture du livre: NUIT NOIRE, ETOILES MORTES

King est de retour ! Avec quatre histoires délicieusement frissonnantes et diaboliquement macabres. Loin du roman chorale « Dôme », les nouvelles de ce court recueil nous invitent à partager le quotidien – devenu bien problématique – de personnages somme toutes ordinaires aux prises avec des situations extraordinaires.

Il y a ce fermier qui, refusant de voir partir ses terres au profit d’un riche industriel porcin, se résout, avec la complicité forcée de son fils, à faire disparaître sa femme au fond d’un puits désaffecté. S’ensuit de la culpabilité, bien sûr, une farouche volonté de ne pas se faire prendre, fût-ce par un policier véritablement enquiquinant, et une lente descente aux enfers, au pays noir de la paranoïa. Lorsque le fils, un jeune homme aux hormones en ébullition, s’enfuit afin de retrouver la jeune fille qu’il a mis dans un état délicat, le fermier perd ses derniers repères tandis que les rats semblent fomenter une vengeance inspiré par l’esprit désincarné de son épouse, gisant sous le cadavre d’un cheval sacrifié et de la terre marquée de sang.

Il y a cette femme, auteur d’une série policière populaire qui, à la fin d’une séance de dédicaces dans une bibliothèque d’un bled perdu, doit affronter un viol et une séquestration traumatisants. Ayant pu échapper à la mort – faussant par la même occasion compagnie à quelques cadavres de victimes précédentes de son prédateur – la romancière décide de se faire justice elle-même. Au fil de son enquête, elle finira par découvrir une réalité sinistre, liée à un secret de famille pervers. Louvoyant entre une réalité quotidienne pénible à supporter et les dialogues abscons qu’elle partage avec un GPS ou son chat, la dame, meurtrie dans sa chair et dans son âme, ira jusqu’au bout de son enfer.

Il y a cet étrange personnage, Dabiel, qui entend offrir à un pauvre homme atteint d’un cancer qui le ronge une extension de vie. En contrepartie d’un pourcentage de son salaire…et du nom de son pire ennemi. Non pour lui transférer la maladie létale mais pour transformer sa vie en un calvaire destructeur en vouant sa famille aux pires drames existentiels (la perte d’un travail, de la reconnaissance de ses pairs, le divorce, la tromperie, la mort d’un bébé,…).

Il y a, enfin, cette femme, épouse parfaite et méritante qui découvre, de manière anodine, le passe-temps favori de son mari : l’assassinat de demoiselles innocentes. Au départ, ne voulant croire à ses découvertes (une carte d’identité dissimulée sous une plinthe, des correspondances entre des déplacements dits professionnels et des moments de meurtres référencés dans la presse), la pauvre dame doit lutter contre l’évidence. Ne serait-il pas possible de conserver l’inadmissible caché, de reprendre une vie normale et innocente avec ce monstre qui a partagé et construit son existence durant les vingt dernières années ? Oui, mais non, car on ne peut pardonner un psychopathe habité par l’esprit d’un camarade d’enfance disparu, un pervers violent qui n’a pas hésité à tuer un enfant pour couvrir un de ses crimes. La solution ne serait-elle pas de faire passer l’assassinat nécessaire de son mari pour un accident ? C’est compter sans un enquêteur retraité qui semble tout connaître du passé meurtrier de l’époux.

King excelle véritablement dans ce registre. Si le fantastique – l’irruption de l’étrangeté dans le quotidien – n’est pas le premier moteur de l’ouvrage, il est cependant présent à un niveau psychologique, témoignant des vicissitudes qui étreignent ses anti-héros. Il apporte, par la « grâce » d’une série de visions gore du meilleur effet qui retourneront l’estomac des plus aguerris, un caractère sulfureux à la limite d’une répulsion légitime.

Si trois des récits sont parfaitement réussis (le troisième « Extension claire » rappelant furieusement les meilleures productions du recueil « Danse macabre » par son efficacité crasse, son inéluctabilité et l’ironie qu’elle véhicule), un seul fait plus pâle figure. Il s’agit du second, « Grand chauffeur », déclinaison d’une enième vengeance personnelle que nous a déjà servi de médiocres téléfilms américains traditionnellement diffusés l’après-midi. Personnages manichéens, prévisibilité des événements, révélation attendue, le récit ne s’envole – presque – jamais et s’oublie dès sa lecture terminée.

Mais, s’il faut juger l’ensemble, il faut, une fois de plus, reconnaître que ce « nuit noire, étoiles mortes » est un objet de désir et de plaisirs, une pépite comme seul Stephen King peut en produire. Un livre sacrément bon, en somme. (EA)

 

 

Eric Albert

Commentaires

4 novellas, un peu irrégulières... mais ma préférée est "Extension claire". Je l'aime beaucoup : une version moderne du pacte avec le Diable, et qui démontre à quel point une vie riche de succes peut rapidement se transformer en cauchemar.
A savoir : Bon Ménage, devrait devenir un film... dont Stephen King a écrit le scénario !

Club Stephen King il y a 4 ans

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