Le cercle

Eggers, Dave (Traduit par Aronson, Emmanuelle)

Science-Fiction

Gallimard , Folio, 2017, 576 pages, 8.2 €

:) :) :) 1984, c’est demain ! Voire aujourd’hui… - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Le cercle

Lorsque Mae intègre la prestigieuse entreprise Le Cercle, elle a l’impression de vivre un rêve éveillé. Ce job, elle en rêvait, elle qui se morfondait dans un environnement minable. C’est un peu grâce à Annie, sa coloc’ d’études, qu’elle a eu ce poste à l’Experience Client. Annie fait partie des Quarante, l’élite de la boîte. Au sommet, mystérieux et inaccessible, il y a les Trois Sages, les fondateurs du Cercle.

Mini-ville, dortoirs et chambres toutes équipées sur place pour les employés, système de navettes, fêtes perpétuelles, loisirs et terrains de sport, … Le Cercle est juste par-fait. Tout le monde a l’air si heureux de souhaiter la bienvenue à Annie, comme si elle était quelqu’un d’important.

Dès le premier jour, Mae doit se plier à des « formalités » : signatures de documents, relevés des empreintes, transfert de toutes ses données sur des mobiles offerts par l’entreprise, avec mot de passe attribué. Le lecteur averti que nous sommes frémit déjà, mais Mae est tout à son bonheur, et a toute confiance en Annie, son mentor sur les lieux. Il y a tant de bienveillance au Cercle, qui joue à fond les cartes de la transparence, de la communication et de l’humanisme.

Les projets du Cercle facilitent la vie des gens, qui doivent acheter en ligne, via une identité et un mot de passe uniques, ou qui interagissent sous leur propre nom en ligne (réseaux sociaux, sites de rencontre,…). La fin de l’anonymat signifie la fin des trolls et des commentaires malveillants. Transparence… Le Cercle est devenu si indispensable, si puissant qu’il a absorbé Facebook, Twitter, Google,…Le Cercle a même créé son propre réseau social, Zing.

Mae est d’emblée convaincue. L’extérieur de l’enceinte de l’entreprise lui semble chaos, insécurité, échec, saleté, … Le Cercle est vraiment l’endroit idéal où travailler !

Mais la jeune femme subit très vite énormément de pression sociale : devant ses 5 écrans d’ordinateurs, elle est censée suivre et répondre à tout et à tous, et pas uniquement aux clients dans le cadre de son travail. Sur Zing, Mae ne communique pas sur la moindre chose qu’elle fait, pense ou voit, ce qui suscite méfiance et interrogatoires, voire chantage affectif et culpabilisant, sous couvert de convivialité exacerbée. La pression sociale est démesurée, absurde.

Et pourtant, la tyrannie des réseaux sociaux, du selfie à une table de restaurant ou lors d’un loisir solitaire n’est-elle pas perceptible, sous-jacente, dans notre société? Ces sourires qui s’étalent sur Facebook et sur Instagram, ces statuts relatifs à une grippe intestinale… Pareil pour la course à la popularité : combien de likes (ici, des sourires) ? « Le Cercle » nous renvoie à notre propre dépendance affective, superficialité, connexion à outrance. La monétisation des données personnelles récoltées sur le Web ? Une réalité. L’analyse du comportement du client via capteurs et caméras ? Les Beacon’s font déjà partie de notre quotidien, et nous ne le savons pas. Solitude, intimité, protection des données personnelles, propriété intellectuelle, …oubliez ces notions. Demain elles n’auront plus cours, si l’on n’y prend garde.

Le livre de Dave Eggers n’est pas un récit de science-fiction ou une utopie. Il s’agit d’une dystopie cauchemardesque, dont le but est de nous montrer nos travers à travers un verre grossissant. C’est un formidable avertissement à la génération Y. L’auteur brasse de nombreux thèmes et problématiques actuels. « Le Cercle » n’est rien moins qu’un concentré, et un hommage à certaines œuvres d’anticipation cultes, plus ou moins présentes dans notre esprit lors de la lecture : 1984 est, bien sûr, LA référence, Le Meilleur des mondes, mais aussi La Compagnie des glaces, Frankenstein,…

Comment Mae va-t-elle s’intégrer au Cercle, jusqu’où vendra-t-elle son âme au Diable ? L’on peut également se poser la question qui a taraudé des millions de gens, après la Seconde Guerre mondiale : et nous, que ferions-nous ?

Vous n’avez pas le courage de lire quelques 500 pages sur le sujet ? L’adaptation cinématographique, avec, dans les rôles principaux, Emma Watson et Tom Hanks sort ce mois-ci. Vous auriez cependant tort de ne pas lire « Le Cercle ». Car oui, tout le monde a le droit de savoir.

Extrait « Non Mae (…) Il n’y a pas d’oppression,. Personne ne te force à faire ça. Tu t’attaches toute seule à la laisse parce que tu le veux bien. Et tu deviens complètement autiste socialement, parce que tu le veux bien. Tu n’es même plus capable de capter que les gens veulent communiquer avec toi. Tu es à table avec trois personnes qui te regardent et essaient de te parler, et toi tu fixes ton écran à la recherche d’un étranger qui vit à Dubaï. ((…) intimement parlant, tu es devenue moins vivante. Je parie que tu n’as rien fait de privé depuis des mois. (…) tu crois qu’il te suffit de rester assise à ton bureau, à envoyer des émoticônes toute la journée pour vivre une vie fascinante. Tu commentes les choses, mais en attendant tu ne les fais pas. Tu regardes des photos du Népal, tu cliques sur un smiley, et tu crois que c’est comme si tu y étais allée. »

 

Barbara Mazuin

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