NOIR EST LA COULEUR DE L'AMOUR

TESICH, Steve (Traduit par Hérisson, Janine)

Littérature générale

Points, Points, 2016, 518 pages, 8.5 €

:) :) NOIR EST LA COULEUR DE L'AMOUR - critique complète

Couverture
Couverture du livre: NOIR EST LA COULEUR DE L'AMOUR

« Noir c'est noir » chante Johnny Hallyday. Steve Tesich, auteur du remarqué « Karoo », use et abuse de cette couleur dans ce roman désespérant, pessimiste et cruel. Nous assistons à un broyage en règle de personnages déprimés à qui la vie ne fait aucun cadeau : Daniel Price, tout d'abord, jeune homme dont les illusions se diluent peu à peu alors qu'il termine son parcours scolaire. Sa mère, émigrée serbe, se démène tant bien que mal pour tenir son ménage ; son père, ouvrier, taiseux et sombre, semble un roc imperméable aux sentiments et aux émotions. L'émoi, il espère le trouver en la personne de Rachel, une jeune fille récemment installée dans la ville. Et auprès de ses copains, qui ne filent cependant pas tous un joli coton. Le seul visage souriant, c'est celui du logo de l'usine principale, qui offre l'emploi aux résidents locaux, comme la poussière et le désespoir.

Empêtré dans une sinistrose qui s'étend, Daniel Price se plaît à rêver à un monde meilleur mais ses expériences et une destinée qui semble déjà toute tracée le ramènent invariablement à une réalité sociale et sentimentale douloureuse.

On peut se demander pourquoi lire ce roman ? Même dans la veine policière ou fantastique, il doit y avoir des récits plus lumineux. Oui mais il y a quelque chose dans cette écriture qui vous lie, dès les premières pages, et également une peinture sociale qui résonne en nous. La nostalgie du premier amour, du premier « passage à l'acte », l'adrénaline qui fouette le corps durant les « mauvais coups », la croyance en l'invulnérabilité, le déplacement des limites entre le bien et le mal...Nous avons tous connu ces sensations, ces sentiments et Tesich excelle à les restituer. Personnellement, pour l'avoir vécu moi-même de près, j'ai été scotché par la description de la maladie du père de famille, un cancer, et par ses implications sur le psychisme du malade, la perte des repères sociaux, la douloureuse réalité du coût des soins, la fin, misérable.

Maelstrom d'émotions, ce roman est exceptionnel par son cadre, ses personnages, sa portée philosophique et sociale. Et s'il tapisse notre coeur de noir, c'est avec un talent et une empathie rares. L'auteur est aujourd'hui décédé. Paix à son âme. Et gloire à ses (deux) livres !

Eric Albert

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