AU REVOIR LA-HAUT

LEMAITRE, Pierre

Policier & Thriller

2014, 566 pages, 22 €

:) :) :) BEANCE - critique complète

Couverture
Couverture du livre: AU REVOIR LA-HAUT

Je me méfie toujours des prix littéraires. Je vois dans leur attribution des arrangements entre quelques grands éditeurs, au mépris de la valeur réelle des livres couronnés. Peut-être ce jugement est-il erroné. Toujours est-il que le nom de l'auteur, Pierre Lemaître, que je suis depuis des années dans sa veine policière (« Alex ») et le sujet de la guerre 14-18 qui m'a toujours fasciné, m'ont incité à passer outre à ma réticence. Et bien m'en a pris : « Au revoir là-haut » se révèle un véritable coup de maître ! Même si le roman s'intéresse bien davantage à l'immédiate après-guerre (jusqu'en 1920), il expose toute l'horreur du premier conflit mondial : que ce soit par la scène d'ouverture (l'attaque d'une position allemande – la cote 113 – quelques jours avant la fin de la guerre), la présence omniprésente d'une gueule cassée (qui refuse toute prothèse, faisant de sa bouche un gouffre béant d'où ne sortent que des borborygmes glaireux qu'il convient d'alimenter avec des brouets servis à la paille et qui fume avec ses narines), la cupidité, l'avidité et le manque de respect pour les morts de certaines personnes (parfois issus de la haute société), le roman se fait tour à tour horrible, cruel, pathétique, révoltant, insultant, morbide,...et profondément humain.

Albert Maillard a été sauvé de justesse d'une mort par ensevelissement par Edouard Péricourt. Défiguré, Edouard est pris en charge par Albert, d'abord à l'hôpital militaire puis dans un appartement miteux de Paris où la cohabitation se fait cahin-caha. De la guerre, Albert garde le souvenir haineux pour un lieutenant arriviste, Henry d'Aulnay-Pradelle : il a découvert que celui-ci n'avait pas hésité à tirer une balle dans le dos de deux fantassins lancés à l'attaque de la cote 113. Aujourd'hui, il est devenu le gendre de M. De Péricourt, le père d'Edouard, convaincu que celui-ci est mort au combat. Afin de couper les ponts avec cette famille dont il a été un sujet de honte (ayant des inclinations homosexuelles), Edouard a troqué son nom avec un soldat défunt, Eugène Larivière. Son nouvel anonymat va l'aider dans le montage d'une escroquerie aux monuments aux morts. Jouant la carte du patriotisme et du souvenir, il propose au travers d'un catalogue garni de dessins signés Jules d'Epremont, la livraison de monuments commémoratifs en métal aux communes de France. Les commandes affluent, l'argent des avances gonfle un compte en banque qui doit leur permettre, à lui et à Albert, de prendre la fuite. De son côté, Pradelle est parvenu à remporter des marchés publics pour la livraison de cercueils destinés aux morts des champs de bataille qui n'avaient bénéficié jusque là que d'une inhumation de fortune. Gagné par l'appât du gain, il fait construire des bières d'un mètre trente de long ; il se montre également peu regardant sur la qualité du travail effectué par les ouvriers étrangers dans les cimetières : vols, identité des corps confondues, cercueils remplis de terre, etc. La justice ne tarde pas à les traquer, ces deux faussaires sans scrupules. C'est compter sans les hasards de la vie, quelques rencontres bouleversantes et l'amour. « Au revoir là-haut » est écrit de façon populaire et l'auteur interpelle à plusieurs reprises le lecteur. Il en ressort un bien-être de lecture, une connivence partagée avec les personnages « bons », une aversion marquée et accusatrice pour les «mauvais », bien que la limite entre les deux catégories se fasse parfois mouvante. Un livre qui comptera, qui restera. Il est d'ailleurs déjà lecture scolaire dans quelques établissements de Wallonie.

Eric Albert

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