Aux animaux la guerre

Mathieu, Nicolas

Policier & Thriller

Actes Sud, Actes noirs, 2015, 368 pages, 22.5 €

:) :) :) Engrenages - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Aux animaux la guerre

Paru début 2014, «Aux animaux la guerre » est le premier roman d'un jeune auteur français, Nicolas Mathieu (1978), rédacteur pour un site d'info en ligne. Coup d'essai et coup de maître visiblement puisque, non content de se voir directement publié dans une des meilleures collection de romans policiers contemporains, le titre a déjà récolté trois prix (prix Transfuge du meilleur espoir Polar – 2014 ; prix Erckmann-Chatrian – 2014 ; Prix Mystère de la critique – 2015). Rajoutez à ces distinctions la lecture de plusieurs articles élogieux dans les médias que nous avons l'habitude de suivre et vous comprendrez pourquoi notre curiosité nous poussa à sa découverte. Ecrivons-le d'emblée : loin de nous décevoir, le roman de Nicolas Mathieu nous enchanta. A l'image d'un Pierre Lemaître (avec son goncourisé « Au revoir là-haut ») ou d'un Didier Daeninckx, Mathieu plonge d'abord aux racines de l'histoire moderne de son pays (ici : les événements d'Algérie) pour cadrer une partie des personnages de l'intrigue qu'il va dérouler avec une remarquable maestria.

En Pierre Dury, il nous présente un véritable rescapé. Le vieil homme, solide comme un roc, n'était-il pas membre de l'OAS et n'a-t-il pas, à ce titre, éliminé purement et simplement quelques personnages gênants dans les années '60 ? Le voici à présent enfermé dans 'La Ferme', une bâtisse isolée dans les bois, à veiller sur sa fille malade, sur Lydie, sa petite-fille adolescente et sur Bruce, son petit-fils pas très malin et body-buildé jusqu'aux sourcils. Bruce, ouvrier intérimaire à l'usine Velocia dans le village tout proche, s'est quant à lui lié d'amitié avec Martel, le syndicaliste permanent de l'usine. La quarantaine bien conservée, Martel s'est toujours considéré comme un dur à cuire et un jouisseur. Il n'a pas vu arriver la vieillesse de sa mère et le voici à présent obligé de taper dans la caisse des affiliés pour payer la maison de repos de cette dernière. Acculé par les dettes, nerveux à l'idée des soupçons qu'il croit susciter dans son entourage, Martel apprend presque avec soulagement que leur usine va fermer. Il voit dans cet événement une possibilité de détourner l'attention. Comme pour le conforter dans son optimisme retrouvé, Bruce lui propose un coup facile et susceptible de rapporter pas mal. Evidemment, rien ne tourne comme prévu.

Et voilà comment Nicolas Mathieu embraye sur le portrait au réalisme soufflant d'une France provinciale (Les Vosges), loin de l'agitation parisienne et dont une grande partie de la population essaye simplement de s'en sortir. Aux côtés des quelques personnages décrits ci-dessus, il en met une multitude d'autres en scène, tous aussi crédibles et utiles, tant à son propos qu'à la mise sous tension de son lecteur. Social, ce roman ? Sans doute, mais se limiter à ce terme un peu fourre-tout serait vraiment passer à côté de ce qui fait sa force. En s'abstenant de juger les actes – parfois violents- de chacun de ses acteurs, en nous les montrant s'adapter avec leurs maigres moyens tant matériels que physiques ou psychiques, à des situations nouvelles et qu'ils n'avaient pas anticipé, Mathieu entre directement dans la cour des meilleurs, ceux cités ci-dessus mais aussi les Steinbeck, Hemingway ou Faulkner. L'engrenage est solidement et intelligemment rendu : comment devient-on raciste ou voleur ? Pourquoi renie-t-on ses convictions ? L'amour, l'amitié, l'honnêteté et la solidarité ont-ils encore droit de cité ? Parfaitement bâti sur de courts chapitres, dans lesquels il déroule son intrigue sans linéarité aucune (tout en lui conservant sa parfaite compréhension) et qu'il truffe de dialogues étonnamment crédibles, jusque dans leurs non-dits à la sensibilité patente, il nous livre un roman dense et d'une clarté éblouissante, qui marie avec justesse le sens et l'action. Tout est dit, tout est écrit, et de très belle manière. Non pas justicier, Mathieu se montre implacable, tant pour les acteurs que pour les lecteurs. 

Nicolas Fanuel

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