Cabossé

Philippon, Benoît

Policier & Thriller

Gallimard , Série Noire, 2016, 272 pages, 18 €

:( Série Rose - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Cabossé

La quarantaine, Roy est bâti comme une armoire à glace. Et ça l’a aidé, parce que sa gueule par contre, ce n’est pas terrible. Assez effrayant même. Alors, sa carrure, elle compense, elle lui permet de s’affirmer et d’éviter les moqueries. Et même, elle lui a toujours servi à gagner sa croûte, que ce soit comme boxeur ou comme exécuteur des basses œuvres de certains caïds. Côté sentiments par contre, nombreuses furent les demoiselles à fuir devant sa face ravagée avant même d’entendre le son de sa voix. Alors, le soir où il se rend compte que la jeune et jolie Guillemette n’en a pas grand-chose à fiche de sa tronche et que leurs étreintes deviennent pour tous les deux plus qu’un carburant, une raison de vivre, une amulette devant la mocheté de la vie, Roy s’accroche à elle, ne voit plus qu’elle et veille jalousement sur sa sécurité. Celle-là, tant qu’elle voudra de lui et tant qu’il sera en vie, il ne lui arrivera rien.

Évidemment, vous l’aurez compris, Roy aura à se servir de ses poings pour défendre sa belle. Et évidemment, rien de bon n’en sortira, au point qu’ils devront tous les deux entamer une cavale prétexte à de multiples révélations sur leurs passés respectifs et à quelques rencontres qualifiées de « lumineuses » dans la quatrième de couverture.

 

Page 137 : « Roy la contemple dans l’obscurité de la voiture. Un liseré de lumière de lune dessine son doux visage silhouetté dans la nuit ». Page 149 : « …et ensuite parce que cette soupe est absolument divine. Normal, elle a été cuisinée avec amour par une grand-mère. …. Alors la halte chez une grand-mère qui ressert une assiette pleine d’amour, elle remplit le ventre et elle remplit aussi le cœur. Se faire péter la panse d’amour de grand-mère, que demander le plus ? ». C’est moi ou c’est mièvre ? Et ce n’est qu’un échantillon, plus on avance, plus ça pique aux yeux. Notez, la couverture aurait dû me mettre la puce à l’oreille : on y voit deux grosses paluches enserrer –un geste éminemment protecteur- deux mains plus petites et indubitablement féminines. Mignon comme tout mais qui génère quand même un soupçon de contradiction avec le nom de la collection (« Série Noire ») –et surtout avec la ligne éditoriale historique de cette dernière. Soupçon qui se confirme au fur et à mesure de la lecture. Oh, pas désagréable, cette lecture, des trouvailles et des drôleries certes mais sans trame d’intrigue réellement palpitante et surtout percluse de bons sentiments tels qu’illustré par les deux extraits ci-dessus. Zut quoi, on est dans la Série Noire les gars ! Celle qui a édité Ed McBain, Jim Thompson ou Jean-Patrick Manchette. Alors bien sûr, on ne peut pas vivre dans le passé et il faut laisser leur chance à de nouvelles voix. Mais quand même, un type costaud qui couve une gentille freluquette avec laquelle il passe la moitié du roman à s’envoyer en l’air, à se raconter l’un l’autre comment que leur vie passée était dure et moche et à rendre le sourire à une vieille dame solitaire, c’est loin de suffire pour un roman noir. Décevant pour les amateurs de polars mais un régal pour les fans de sucreries. 

Nicolas Fanuel

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