Cadres noirs

LEMAITRE, Pierre

Policier & Thriller

Calmann-Lévy, 2010, 18.5 €

:) O CHOMAGES O MORES - critique complète

La capacité d’Alain Delambre de rebondir dans l’adversité et l’illégal est le seul point  commun - mais lequel ! - avec le film de Michel Audiard, « Le prophète ». En réalité, le contexte social est tout autre. Et, malheureusement, il a des accents d’actualité : Un ancien cadre de cinquante-sept ans rame depuis quatre ans pour retrouver un boulot digne de ce nom (et de ses capacités). Entre-temps, il travaille aux petites heures aux Messageries pharmaceutiques, comprenez qu’il emballe les médocs dans un hangar pour 500 euros par mois.

Le jour où il met un coup de boule à son chef en réponse à un coup de pied dans le derrière, Alain reçoit un courrier annonçant que sa candidature a été retenue pour un poste d’assistant RH…tout à fait dans ses cordes. Incroyable pour son âge !

Alors, pour avoir ce poste, Alain bûche ferme et traverse les épreuves, jusqu’à la dernière, un jeu de rôle : la simulation d’une prise d’otages, au cours de laquelle les candidats sont censés tester les capacités de résistance au stress de cadres supérieurs. Alain ne veut pas réfléchir à l’horreur du concept, tout entier tourné vers cette dernière chance. Tandis que sa femme s’insurge et que ses filles restent dubitatives devant ce père de plus en plus excité, Delambre s’avance vers un procès aux Messageries, personne ne voulant témoigner de l’agression dont il a été victime en premier.

Et quand il découvre que les dés sont pipés, il se procure une arme, une vraie, pour se rendre à ce jeu de rôle qui va peser sur toute sa vie.

Pierre Lemaître démontre avec brio comment transformer en quelques jours à peine un honnête ex-cadre en bête sauvage traitant avec les plus pourris. Alain Delambre joue un jeu dangereux, bluffe, fonctionne à l’intuition. Il est tout simplement extraordinaire. En ressortira-t-il gagnant, ou la morale sera-t-elle sauve ? L’auteur installe son suspense, non sans oublier une certaine bienveillance autour de son  personnage. Le fait qu’il soit notre narrateur (sauf à un moment clé du livre) n’est pas un choix innocent : Alain Delambre parle en nous, nous pouvons entendre sa voix, et donc ses inflexions : espoir, mensonges, combativité, découragement. Il possède en plus le sens de la formule, teintée d’un cynisme certain : « Le marketing consiste à vendre des choses à des gens qui n’en veulent pas, le management, à maintenir opérationnels des cadres qui n’en peuvent plus. » Chapeau aussi au personnage de Charles, sdf alcoolo au grand cœur.

Pour aller plus loin avec Pierre Le maître, sachez qu’il a également commis « Robe de marié » (Calmann-Lévy, 2009), et « Travail soigné » (Prix Cognac 2006, en poche en 2010).

Barbara Mazuin

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