Cet été-là

Martin, Lee (Traduit par Pointeau, Fabrice)

Policier & Thriller

Sonatine (Paris), 2017, 308 pages, 21 €

:) :) :) Rien que de l'amour - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Cet été-là

Voici ce que l’on savait : le 5 juillet 1972, dans la petite ville de Tower Hill, Katie MacKey, 9 ans, fille du propriétaire d’une des seules usines de la ville et, à ce titre, employeur d’un grand nombre de ses habitants, avait disparu sur le chemin de la bibliothèque.

Ce que l’on ne savait pas mais que, 30 ans plus tard, certains acteurs de cette tragédie nous racontent, c’est que la petite Katie était très aimée par son professeur particulier de mathématiques, Mr Dees. Ce dernier était célibataire ; sa maison était voisine de celle de Raymond Wright, un type sans boulot fixe, sans doute un peu voleur et largement mis à l’écart par la majorité de la petite communauté. Dees était plutôt timide et réservé, alors que Wright avait une nature plus expansive pour ne pas dire envahissante, surtout avec les personnes isolées socialement, comme sa femme avant qu’il ne la rencontre. Il avait alors le tour pour leur mettre le grappin dessus et se montrer indispensable à leurs yeux.

Premier roman publié en français pour Lee Martin, « Cet été-là » impressionne par sa maîtrise de la mise en scène et par la profondeur psychologique de ses personnages. L’auteur alterne en permanence les périodes évoquées (1972 et aujourd’hui), les acteurs du drame et la manière de leur donner la parole. Tantôt un même personnage s’adresse-t-il à nous lecteurs, et tantôt ce même personnage se voit-il mis en scène à la 3ème personne, par un auteur devenu omniscient. La confrontation des versions donne le tournis et force à tenter d’y voir clair par soi-même, à juger les personnages à l’aune de leurs actes et de ce qu’ils en disent, bref, à se faire une opinion sur eux. Plus l’intrigue avance et plus l’auteur nuance et creuse leur âme : « le vrai caractère d’un homme se mesure à ce qu’il ferait s’il était sûr de ne jamais être découvert ». Le portrait s’opacifie : untel que l’on avait classé dans la catégorie des gentils nous avoue des actes qui le rendent proprement machiavélique et un autre, que l’on avait sans doute trop vite condamné, se voit investi de circonstances atténuantes. Quant aux mobiles, Martin ne nous laisse que peu de doutes : « Peut-être avez-vous décidé qui est bon et qui est mauvais. Mais si c’est le cas –si vous êtes ce genre de personne-, que Dieu vous vienne en aide. Demandez à quiconque s’est trouvé au cœur de cette affaire et il vous dira : ça n’avait rien à voir avec le bien et le mal ; il ne s’agissait que d’amour ». Entre certains qui s’entichent de véritables manipulateurs et d’autres qui croient qu’aimer leur confère tous les droits, « Cet été-là » nous plonge dans un maelstrom de sentiments contradictoires induits par des actes parfois innocents, parfois révoltants, à la source de conséquences imprévues générant elles-mêmes jugements hâtifs et condamnations rapides. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce roman paraît chez Sonatine, la maison qui a publié « Seul le silence », de R.J. Ellory. Plusieurs éléments résonneront chez ceux qui avaient apprécié celui-ci : cadre rural, profondeur des acteurs, ton mélancolique, style parfois lyrique et impression de lenteur tempérée par une succession de chapitres courts. Nous avions recommandé « Seul le silence », nous ferons de même avec « Cet été-là »

Nicolas Fanuel

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