Comme des rats morts

Totth, Benedek (Traduit par Zaremba, Charles)

Policier & Thriller

Actes Sud, Actes noirs, 2017, 256 pages, 21.8 €

:) :) Diamant noir - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Comme des rats morts

Premier roman pour Benedek Totth, jeune auteur hongrois (1977) surtout connu jusqu’ici pour ses traductions de Bret Easton Ellis, Cormac McCarthy, Aldous Huxley et Hunter S. Thompson. Retenez bien ces noms car, pour au moins trois d’entre eux, ils constituent un lien de parenté évident avec l’intrigue développée ici.

Le narrateur est un jeune garçon, vivant dans une ville hongroise jamais identifiée. Lui non plus n’est jamais clairement nommé ; même si, parfois, certains personnages le hèlent, il prend toujours soin de préciser que ce n’est pas par son vrai nom. Ses « amis » sont Greg, La Bouée et Dany : un quatuor de base dont nous suivrons les errements au long d’un peu plus de 250 pages. On les devine issus d’une classe moyenne aisée, rien ne leur semble inconnu ou inaccessible. Même s’il ne s’agit pas d’un événement fondateur, le groupe étant non seulement déjà formé lorsqu’il survient et déjà adepte –sans doute sans le savoir- d’un nihilisme effrayant et radical, ce par quoi débute le roman est une virée en voiture. En bande, les quatre garçons et une fille en guise de jouet sexuel consentant et tout autant sous l’emprise de l’alcool et de la drogue qu’eux. Une route prise à contre-sens, un choc, un cycliste renversé, que l’on croit mort et que l’on se contente de repousser dans le fossé avant de redémarrer. « Si je bousille la caisse, mon vieux ma tuer, putain » dixit Greg. Même si, pendant quelques heures après l’accident, le narrateur s’inquiète de ce qui sera publié dans la presse, cela ne dure pas. La routine reprend son cours : les entraînements de natation, les jeux vidéo, les films pornos, la drogue, l’alcool et le sexe à la va-vite avec les copines qui veulent bien. La violence est permanente : verbale et physique entre les 4 amis, avec les filles ou avec des types d’autres bandes. Résultat : une tension constante, que le narrateur semble être le seul à tenter de contenir (il s’arrange toujours pour qu’aucun coup ne n’échange entre les trois autres) et que la seule activité « sociale » qui les rassemble –la natation de compétition- vient tempérer. Plus on avance, plus l’on s’enfonce dans la déchéance et, s’il en restait, les barrières s’effondrent une à une. Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue, l’auteur se contentant de dessiner brillamment la descente des quatre jeunes garçons dans les bas-fonds de l’humanité. Il y a du Ellis là-dedans, aussi bien dans le style que dans le portrait d’une jeunesse désenchantée, blasée à un point inimaginable, que rien n’intéresse ni ne touche et certainement pas la souffrance de ses contemporains. Il y a aussi du McCarthy pour la violence froide, pure et comme désincarnée. Il y a enfin du Thompson dans cet ultra-réalisme teinté d’un humour tellement noir que l’on se demande malgré nous s’il est bien sain d’en rire. Un roman brillant, mais brillant comme un diamant noir et maudit que l’on ne voudrait jamais posséder, une histoire que l’on ne lâche pas malgré la répugnance et le rejet qu’elle nous inspire. 

Nicolas Fanuel

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