Enfer de Church Street

Hinkson, Jake (Traduit par Aslanides, Sophie)

Policier & Thriller

Gallmeister, Totem, 2017, 208 pages, 8 €

:) :) Les loups entre eux - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Enfer de Church Street

« L'enfer de Church Street » se présente comme la longue et éprouvante confession de Geoffrey Webb qui, quelques temps avant le début de cette histoire-ci, endossa par pur intérêt financier le rôle d’aumônier dans une petite ville paumée des Etats-Unis. Braqué alors qu'il sortait d'une supérette isolée, il propose à son voleur de lui donner ce qu'il possède à condition que ce dernier écoute son histoire jusqu'au bout : « L'histoire de ma vie, c'est que j'ai vécu, j'ai merdé et je vais mourir. Je vais probablement aller en enfer ». Sans doute parce qu'il n'a rien de mieux à fiche, le braqueur -dont nous ne connaîtrons jamais le nom- accepte le marché. La descente aux enfers peut commencer. Se dévide alors sous nos yeux l'itinéraire d'un type qui a le don de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Le don de se faire apprécier même, et d'en profiter le plus possible sans qu'à aucun moment la moindre barrière morale ne vienne entraver sa route. Engagé comme aumônier, il gagne la confiance du pasteur de la ville dans laquelle il exerce. Non seulement il se voit nourri, logé et bien payé mais en plus, le travail se révèle de tout repos. Il ne tarde pas à séduire la fille du pasteur, à peine majeure et, de fil en aiguille, à désirer plus que le peu de pouvoir qu'il est déjà arrivé à acquérir. Ce qui ne plait pas à l'ensemble des membres de la petite communauté.

Pas de meilleure appellation que « roman noir » pour ce texte retraçant le parcours chaotique, violent, cru et glaçant d'un type d'une banalité affligeante, fainéant et velléitaire au possible. Souvent drôle parce que rempli d'un humour au douzième degré, cynique et moqueur, le texte démolit consciencieusement les hypocrites meneurs religieux. Ce sont bien eux, ces habiles prêcheurs qui profitent de la fragilité et de la naïveté de leurs disciples, que l'auteur, Jake Hinkson, crucifie ici, via son personnage de faux aumônier. Tel est pris qui croyait prendre en quelque sorte, et par celui qu'ils pensaient être des leurs mais qui se révéla encore plus fourbe qu'eux-mêmes. La force de Hinkson, c'est qu'il ne donne raison à personne et que, surtout, il n'excuse personne. Il laisse les loups se dévorer entre eux, provoquant ainsi l'adhésion immédiate des amateurs du genre. Oui, glaçant, certainement mais aussi réjouissant.

Nicolas Fanuel

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