Fondu au noir

BRUBAKER & PHILLIPS

Policier & Thriller

Delcourt, 2018, 357 pages, 40 €

:) :) :) Hollywood, fin des années ’40. - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Fondu au noir

On ne s’imagine pas à quel point la « Chasse aux Sorcières » qui régna aux États-Unis dans l’immédiat après-guerre ravagea le milieu du cinéma -notamment. L’anéantissement de certaines carrières, sur base de véritables coups montés, de dénonciations calomnieuses ou de ragots infondés conduisit certains acteurs, producteurs, réalisateurs et scénaristes aux pires extrémités. Ainsi de Charlie Parish, scénariste pour les studios Victory Street, incapable d’aligner deux mots depuis son retour du front, hanté qu’il est par des souvenirs qui le tiennent éveillé. S’il s’en sort, c’est grâce à son collègue et ami Gil Mason, autre scénariste, dénoncé comme « rouge » et sous le coup d’une interdiction de prester « officiellement » pour les studios. Gil écrit et Charlie signe. Mais tous deux, pour des raisons différentes, supportent mal la situation, se disputent souvent et boivent plus que de raison. Un matin après une soirée arrosée, Charlie se réveille dans la maison de Valéria Sommers, une jeune future star d’Hollywood. Son réveil est brutal : le cadavre de Valéria gît dans le salon. 

 

Plongée dans une période troublée de l’histoire américaine, déjà évoquée dans de nombreux romans, que l’on songe à James Ellroy ou à Douglas Kennedy. A l’image de ces deux grands noms, les auteurs Ed Brubaker et Sean Phillips (qui n’en sont pas à leur première collaboration : ils sont déjà associés par exemple sur les séries « Criminal » ou « Fatale ») installent leur intrigue policière dans un cadre très richement fourni : les pratiques mafieuses des studios pour camoufler les penchants libidineux des riches producteurs, leurs mensonges dans la presse pour créer des stars de toutes pièces, les méthodes crapuleuses du FBI pour amener les « pseudo-rouges » à sortir du bois ou encore les rapports hiérarchiques pourris entre scénaristes et réalisateurs. En plus de 300 pages, ces multiples visages d’une époque hollywoodienne nourrissent intelligemment une intrigue policière déjà tortueuse à souhait et qui, découpée en courts chapitres opérant parfois de déconcertants sauts dans le temps, captive de bout en bout. Outre les personnages de fiction créés par le scénariste Brubaker, on y croise de véritables stars qui renforcent encore le caractère réaliste du récit. Le trait de Sean Phillips, fortement marqué « comics » évidemment, se révèle extrêmement lisible et parfaitement mis en valeur par les couleurs magnifiques d’Elisabeth Breitweiser : certaines planches sont de toute beauté. Une belle découverte qui donne envie d’explorer l’œuvre passée de cette équipe. 

Nicolas Fanuel

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