FRERES DE SANG

PRICE, Richard (Traduit par Martinache, J.)

Policier & Thriller

Presses de la Cité (Paris), 2010, 390 pages

:) :) :) C'est Mozart qu'on assassine - critique complète

Couverture
Couverture du livre: FRERES DE SANG

La famille De Coco vit dans le Bronx. Stony a dix-sept ans et ne sait pas encore ce qu’il va faire de sa vie.  Son père, Tommy, aimerait bien le faire entrer là où il travaille, en tant qu’électricien. Il est tellement fier de son fils ! Il souhaite partager ses journées avec lui sur les chantiers des grandes tours à New-York (nous sommes dans les années septante), et qu’il se fasse plein de blé, comme lui. Mais Stony n’a franchement pas envie de devenir électricien, ni même d’aller à l’université (surtout depuis qu’il a appris le nombre de négros qu’il y avait là-bas). Ce qu’il voudrait, c’est travailler avec des enfants, mais il ne sait pas trop dans quel contexte.

 

C’est le Dr Harris qui lui donne une opportunité en or : s’occuper des enfants hospitalisés, les distraire, leur raconter des histoires. Ca ne paye pas vraiment, mais Stony s’en fiche, si ça lui plaît. Tommy croit devenir fou en apprenant cela, et fait promettre à son fils de venir faire deux semaines avec lui sur les chantiers, après deux premières semaines prestées à l’hôpital. Alors seulement il fera son choix.

Mais rien n’est simple dans la famille De Coco : Stony se sent investi d’un devoir envers sa famille. Il y a d’abord et surtout son petit frère de 8 ans, Albert. Anorexique, il est littéralement traumatisé par leur mère, Marie, qui le houspille sans cesse afin qu’il mange. Pour le Dr Harris, pédiatre, les choses sont claires : la mère est psychopathe, et le père se fout de ce cadet qui dégoûte tout le monde. Il comprend qu’Albert est condamné, et que Stony est le seul qui puisse être sauvé.

Inutile de vous présenter Richard Price : il est l’auteur de « Ville noire, ville blanche », et là-dessus, tout devrait être dit, tellement cette brique magistrale a marqué le polar urbain. Situant ses histoires dans le Bronx, il se sert d’un point de départ prétexte à dresser le noir tableau  d’un microcosme au bord de l’asphyxie. « Ville noire, ville blanche » montrait comment une affaire d’enlèvement d’enfant pouvait être montée en épingle pour stigmatiser les conflits entre deux communautés raciales. Dans « Frères de sang », ce qui ne pourrait être que le choix d’un adolescent au sujet de son avenir devient le portrait d’une famille italienne, dominée par la figure de deux frères queutards et bambocheurs. Tout comme dans le film du belge Felix Van Groeningen (« La merditude des choses »), il y a un gosse à sauver, qui possède la capacité de s’en sortir et de devenir un être humain, et non une caricature de son père et de son oncle. Dans les deux cas, la famille est soudée et se révèle essentielle, mais aussi destructrice de par son dysfonctionnement. Amis ou instances médicales tentent de raisonner Stony, avant qu’il ne soit définitivement perdu.

Richard Price prend comme toujours son temps, mais ne nous épargne rien : Ses scènes de violences, conjugales ou familiales, sont ahurissantes. Il parle du choix de vie – et du tout ce qu’il comporte d’inéluctable et d’irrattrapable  - comme de la peur de vieillir, de ne plus séduire. La peur de voir tout ça mal se terminer taraude le lecteur, qui aimerait courir lire la fin mais se voit plutôt imposer un rythme tel qu’il ne peut que s’imprégner des personnages, qui resteront un bon moment avec lui une fois le livre refermé.

 

Barbara Mazuin

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