Intérieur nuit

Pessl, Marisha (Traduit par Baude, Clément)

Policier & Thriller

Gallimard , 2015, 717 pages, 24.9 €

:) :) :) Horreur apparente - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Intérieur nuit

Scott McGrath, « le journaliste qui irait jusqu'en enfer uniquement pour interviewer Lucifer » s'était méchamment cassé les dents sur sa dernière grande enquête. Il avait, vainement, tenté de débusquer Stanislas Cordova, mythique réalisateur d'une série de films horrifiques qui n'avait plus donné signe de vie depuis plusieurs années. Cette enquête l'avait tellement accaparé qu'elle lui avait coûté son mariage et même sa carrière : alors qu'il croyait toucher au but, une campagne de diffamation -qu'il avait toujours attribuée à Cordova- avait ruiné sa réputation de journaliste. Aujourd'hui, lorsqu'il apprend la mort d'Ashley Cordova, la fille du réalisateur, McGrath ne peut s'empêcher de se replonger dans les monceaux de documentation qu'il avait accumulés quelques années plus tôt. Presque imperceptiblement, au travers de sa tentative d'élucider les raisons de ce décès, il se remet sur la piste du réalisateur.

Deuxième roman de Marisha Pessl (après « La physique des catastrophes »), « Intérieur nuit » interpelle d'abord par sa présentation : l'auteur intègre, au coeur de son récit, des extraits de journaux, des photographies, des notes manuelles ou des captures d'écran de sites internet, autant d'éléments qui, au même titre que le corps du texte, contribuent au cheminement de l'intrigue. Ces « textes dans le texte » renforcent l'aspect journalistique de la quête de McGrath et contribuent à l'aura d'authenticité que veut lui imprimer l'auteur. Au-delà de cet aspect matériel original -et qui prend tout son sens au fur et à mesure de la lecture- le récit de Pessl capte immédiatement l'attention et ne souffre d'aucune baisse de régime, excepté, reconnaissons-le, dans un long chapitre vers le dernier quart du roman. Ce tour de force trouve sa source dans l'ambiance à forte connotation fantastique de l'histoire, mais également dans le sens aigu du suspense feutré et lourd de l'auteur, dans son attention à attribuer à chaque personnage la densité nécessaire à sa crédibilité et dans son style direct, empli de métaphores imagées et ponctué de très plaisantes saillies humoristiques. Tout comme Cordova plongeait les spectateurs de ses films horrifiques dans des abîmes de noirceur, Marisha Pessl refoule sans pitié son McGrath vers les tréfonds qu'est capable d'atteindre une imagination humaine qui tourne à plein régime -la sienne, celle de McGrath ou celle de Cordova?- et, ce faisant, creuse son thème principal jusqu'à l épuisement : qu'avons-nous lu ? Qu'à vu McGrath ? Qu'a-t-il voulu voir et qu'est-ce qui est réel ? Roman-monde, univers personnel répondant à ses propres règles -celles de Cordova?- « Intérieur nuit » est parsemé de multiples références (dont certaines nous ont sans doute échappé) au cinéma, à la littérature et à la musique, qui lui confèrent réalisme et actualité. Cette richesse nous a malgré nous fait penser à d'autres grands romans qui nous ont marqués : « Confiteor », « Train de nuit pour Lisbonne », « À livre ouvert » ou « La découverte du ciel ». Comme lui, ils n'étaient pas publiés dans une collection policière, mais ils en intégraient une partie des codes et, comme lui, ils se livrent un peu plus à chaque relecture. 

Nicolas Fanuel

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