LA DAME EN BLANC

COLLINS, Wilkie (Traduit par Lenoir, L.)

Policier & Thriller

Le Masque (Paris), 2010, 476 pages, 8.5 €

:) :) Un grand écrivain victorien - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA DAME EN BLANC

Walter Hartright est un jeune professeur de dessin émérite. Il est sur le point de quitter la fournaise de Londres  pour le Cumberland, région campagnarde du nord de l’Angleterre. Il doit y donner cours à deux jeunes filles de bonne famille, de même qu’y restaurer une collection d’estampes de valeur négligées jusqu’alors. La veille de son départ, tandis qu’il rentre à pied au clair de lune, il se fait accoster par une étrange jeune femme vêtue de blanc, visiblement apeurée. Il l’accompagne un bout de chemin, jusqu’à lui trouver un fiacre. Elle dit avoir vécu quelques temps dans le Cumberland, et gardé une profonde affection pour une certaine Mrs Fairlie, qui lui donna cours à l’école du village. Or, c’est justement chez son beau-frère que Hartright doit se rendre.

 

Un peu secoué par cette étrange apparition, et par le fait que la « Dame en blanc » semble vouloir échapper à des poursuivants, William Hartright arrive à Limeridge House, propriété des Fairlie. Il y fait la connaissance de ses deux élèves : Miss Halcombe, issue du premier mariage de feu Mrs Fairlie, et Laura, sa demi-sœur. Peu à peu, il s’aperçoit avec désespoir qu’il est tombé amoureux de celle-ci : Leur situation sociale diffère, et leur bonheur ne saurait être approuvé, d’autant plus que Laura Fairlie a été fiancée par son père sur son lit de mort, à un baronnet nommé Percival Glyde. Tandis que Laura est sur le point de devenir Lady Glyde, Hartright fuit son chagrin en s’engageant pour une périlleuse mission à l’étranger.

En lisant « L’abîme », écrit avec Charles Dickens (EN 59), j’ignorais exactement quelle part de Collins se retrouvait dans le récit. J’en ai à présent une meilleure idée : Leur est commun l’amour entre deux personnages profondément honnêtes, que la loyauté à toute épreuve rend naïfs. Ils se retrouvent aux prises avec un – ou plusieurs -  esprit retors et sans scrupule, pourvu qu’il y ait de l’argent à prendre ou un secret à cacher. L’auteur affectionnait les rebondissements importants, mais toujours parfaitement expliqués. D’ailleurs, à l’époque, les romans de Wilkie Collins (1824-1889) étaient définis « à sensation » ; nous savons à présent qu’il était l’un des précurseurs du roman policier. Il a le mérite d’avoir créé le premier « détective » féminin du roman policier dans « Seule contre la loi », où une épouse doit prouver l’innocence de son mari (J’espère pouvoir vous en parler bientôt). Il obtint énormément de succès grâce à « La dame en blanc », publié en 1859.  Ce titre figure d’ailleurs sur son épitaphe.

Une originalité sans doute pour l’époque : La narration est partagée entre plusieurs personnages. C’est Walter Hartright qui ouvre le récit en décrivant dans son journal son séjour à Limmeridge House. A son départ, le relais est repris essentiellement par Marian Halcombe, mais aussi par d’autres, à qui cela a été demandé expressément. Par qui, nous l’apprendrons à la fin, mais cela ressemble parfois bien à des dépositions. Ainsi l’ordre chronologique est respecté, et le lecteur dispose d’un récit continu, livré par plusieurs témoins privilégiés. Leur point de vue est essentiel pour nous en apprendre plus sur le caractère bon ou mauvais d’un protagoniste. Il faut saluer le talent de l’écrivain, qui a dû coordonner une intrigue complexe et riche en personnages d’importances diverses. A noter le brillantissime Comte Fosco, que l’on aime détester, et la merveilleuse Marian Halcombe, femme de caractère au rôle très actif. Si tout tourne autour de Laura Fairlie, elle ne prendra jamais la plume. C’est une pâle petite chose fade, ce que l’éducation des jeunes filles de l’époque devait favoriser (ainsi, elle ne pouvait contredire son mari, et se contentait de faire joli en jouant du piano, par exemple. Marian Halcombe est d’ailleurs vieille fille).

Soyons honnête : Le lecteur moderne, outre un manichéisme tranché (les nobles cœurs en péril n’ont plus la cote), pourrait critiquer un autre aspect du livre : Tandis que « L’abîme » était relativement court, « La dame en blanc » s’installe dans la longueur, car les connections, tenants et aboutissants de toute l’histoire, sont parfois à chercher loin. Le lecteur pourra dès lors alterner un horrible sentiment d’urgence et d’oppression, pris par l’action, avec une lassitude chronique. Ma foi, c’est bien normal, je l’ai aussi éprouvé. Reconnaissons néanmoins que Wilkie Collins fut un grand écrivain, et que pas une faille narrative ne saurait lui être reprochée dans ce roman très abouti.

Barbara Mazuin

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