LA FAILLE SOUTERRAINE ET AUTRES ENQUETES

MANKELL, Henning (Traduit par Gibson, A.)

Policier & Thriller

Seuil, Policiers, 2012, 470 pages, 21.8 €

:) :) :) Wallander avant Wallander - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA FAILLE SOUTERRAINE ET AUTRES ENQUETES

En 2010, en refermant « L'homme inquiet », nous croyions bien dire définitivement adieu au commissaire Wallander, le personnage-fétiche d'Henning Mankell qui, cette neuvième enquête conclue, tirait, de manière assez inattendue mais entièrement en phase avec l'esprit mélancolique du cycle, sa révérence. C'était sans compter sur les archives de l'auteur, ni même sur son envie de clarifier quelques points restés obscurs dans la biographie du commissaire, et notamment sur son souci de répondre à une des principales questions de ses fans : que faisait Wallander avant « Meurtriers sans visage », l'enquête qui le fit connaître? C'est en partie pour ces raisons que Mankell nous livre ici 5 enquêtes en forme de nouvelles, enquêtes à travers lesquelles nous suivons les premiers pas de Kurt en tant que simple policier (« Le coup de couteau »), puis en tant qu'inspecteur à Malmö (« La faille »), avant de le retrouver dans le cadre que nous lui connaissions jusqu'ici : celui de commissaire à Ystad. Ses 5 enquêtes permettent de suivre l'écolage de Wallander, de croiser les policiers qui l'ont formé (nous avions déjà rencontré Rydberg à Ystad, dans « Meurtriers sans visage », nous ignorions l'existence d'un certain Hemberg, autre tuteur de Kurt, à Malmö cette fois), de prendre connaissance d'affaires dramatiques qui l'ont marqué à jamais mais également de constater que, dès le départ, même tout jeune, Wallander est un personnage perturbé par la violence de son monde, un type profondément mélancolique et dépourvu d’humour, un homme lourdaud dès qu'il s'agit d'aborder les relations humaines au-delà de leur fréquente superficialité, et surtout dès qu'il s'agit d'amour, que ce soit dans le cadre de sa relation avec son père ou avec les femmes. Ce qui frappe ici, c’est de constater que c’est toujours la tension qui semble avoir prédominé dans les relations que Kurt entretient avec son père d’une part, et avec Mona, sa future femme, d’autre part. Même avant que son père ne soit frappé d’Alzheimer, il énervait terriblement Kurt par son côté bohême, têtu et imprévisible. Ce qui vaut d’ailleurs ici quelques scènes assez drolatiques, dans lesquelles Mankell n’hésite pas à se moquer du côté rigide de son héros. Et même avant qu’ils ne soient mariés, Kurt et Mona ne semblaient tout simplement pas faits l’un pour l’autre, leur relation amoureuse étant dès le départ frappée du sceau de la méfiance que Mona nourrissait envers Kurt, méfiance qui engendrait déjà des prises de bec régulières. Les cinq affaires criminelles dans lesquelles nous entraîne Mankell dans ce recueil s’imposent à l’image des neuf romans mettant en scène le commissaire et ne dépareront pas l’ensemble : elles ne souffrent d’aucune maladie de jeunesse et se révèlent toutes passionnantes. Même s’il ne fait aucun doute que le plaisir de retrouver Kurt et son équipe n’est sans doute pas étranger au jugement positif que nous portons ici, tant il nous manque dans l’univers du polar actuel. Les amateurs se régaleront.  

Nicolas Fanuel

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