LA MURAILLE DE LAVE

INDRIDASON, Arnaldur (Traduit par Boury, E.)

Policier & Thriller

Métailié, Noir, 2012, 317 pages, 19.5 €

:) :) :) :) Au-delà des apparences - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA MURAILLE DE LAVE

C'est au cours d'une de ces soirées de retrouvailles entre anciens étudiants, soirées durant lesquelles il se sent toujours dans la peau de celui qui a le moins bien réussi parce qu'il est inspecteur de police alors que les autres sont avocats, administrateurs ou banquiers, que Sigurdur Oli se voit demander – à titre privé – un coup de main de la part d'un de ses anciens camarades. Enfin, pas exactement pour lui mais plutôt pour sa belle-soeur, tombée sous la coupe d'une maître-chanteuse. La seule chose que lui demande son ami, c'est de raisonner la maître-chanteuse, en clair, d'user de son statut de flic pour lui faire abandonner son chantage. Trop heureux peut-être de saisir une occasion de se montrer à la hauteur face à ces types qui brassent des millions, Sigurdur Oli se rend au domicile de la-dite maître-chanteuse, s'y voit bousculé et presque assommé par un type masqué, juste avant de trouver le corps inanimé de celle qu'il était venu rencontrer. L'affaire prend une tournure plus dramatique lorsque Sigurdur Oli apprend que la jeune femme n'a pas survécu aux coups reçus par son agresseur. En éludant au maximum la raison de sa présence au domicile de la victime, le jeune inspecteur va arriver à se maintenir dans l'enquête.

Deuxième roman d'Indridason dans lequel son personnage-fétiche, le commissaire Erlendur, brille par son absence, « La muraille de lave » nous déroule le fil d'une enquête menée par l'un de ses deux collègues les plus proches. Au fur et à mesure de l'avancement des recherches de Sigurdur Oli, le lecteur un tant soit peu attentif (et qui n'a manqué aucun épisode de la série, comme votre dévoué serviteur) se rend compte que cette histoire se déroule en même temps que celle narrée dans « La rivière noire », précédent volume de la série dans lequel c'était Elinborg, l'autre collègue d'Erlendur, qui tenait le premier rôle. Voilà pour la petite histoire et aussi pour vous signaler que lire ce volume sans avoir touché à un seul des précédents ne vous causera aucune gêne. Tout comme il l'a fait avec Elinborg dans « La rivière noire », Indridason consacre donc un volume entier à creuser un personnage secondaire au travers d'une intrigue dont les strates, les tenants et aboutissants se dévoilent, pour notre plus grand plaisir, à un rythme parfaitement calibré et à même de maintenir l'attention et l'envie de lecture toujours à leur maximum. De prime abord, Sigurdur Oli apparaît comme un type un peu froid, insensible et arrogant, trop sûr de lui et à la limite du beauf dont on souhaite l'absence le soir de Noël : il ne lit qu'un livre par an, n'écoute que de la country et ressasse à l'envi ses préjugés sur l'art, le cinéma européen, les pratiques sexuelles 'originales' de ses contemporains ou le laisser-aller des marginaux trop faibles pour mener leur existence « dignement ». Régulièrement pourtant, comme pour prouver que, décidément, il ne faut pas se fier aux apparences, surtout dans un roman policier, Indridason introduit des traits de caractère qui équilibrent la balance de son personnage : direct et peu soucieux du qu'en dira-t-on, Sigurdur Oli se révèle un professionnel hors pair. Attentif à procéder aux plus insignifiantes vérifications, il relit régulièrement ses notes et avance méthodiquement, ce qui lui permet d'engranger des résultats. Même s'il ne change pas fondamentalement au fil de cette enquête, il prend conscience de son caractère et, pour effectuer correctement son job, arrive à en réfréner certains traits : 'Il s'efforça de faire preuve de tact et de politesse, même si ce n'étaient pas ses points forts' , et se découvre même touché par certains éléments qui, auparavant ne l'auraient pas atteint, peut-être parce qu'en première ligne se trouvait précédemment Erlendur et que lui, Sigurdur Oli, s'abritait derrière : 'Il éprouvait de la compassion pour le petit garçon sur le bout de pellicule. Ce n'était pas dans ses habitudes de plaindre les malheureux dont il croisait la route, mais il y avait quelque chose qui le touchait profondément chez l'enfant qu'on voyait sur ce vieux film....' . Formative pour Sigurdur Oli, l'enquête développée dans « La Muraille de lave » voit Indridason avancer dans un domaine où on ne l'attendait pas (et que Mankell avait abordé, notamment dans « L'homme qui souriait »), celui de l'économie et de la course vers l'abîme qui semble captiver une part de plus en plus importante de l'humanité. Il y arrive subtilement, en prenant soin de mettre en scène des personnages denses et crédibles, dont certains dépourvus de morale, motivés par le profit à tout prix et à côté desquels Sigurdur Oli fait figure de joyeux drille et de type dont on voudrait bien pour meilleur ami finalement.

Nicolas Fanuel

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