La nuit la plus longue

Burke, James Lee (Traduit par Mercier, Christophe)

Policier & Thriller

Payot et Rivages, Rivages/Thriller, 2011, 474 pages, 22 €

:) :) :) Paradis perdu - critique complète

Couverture
Couverture du livre: La nuit la plus longue

S'il n'a pas vécu en direct le passage de l'ouragan, Dave Robicheaux en découvre les dégâts quelques heures à peine après son passage. Policier dans la paroisse toute proche de New Iberia, il est envoyé en renfort à La Nouvelle Orléans après le passage de Katrina. Nous sommes à l'été 2005 et le paysage décrit par Robicheaux vaut tous les reportages journalistiques de l'époque. Plus lyrique et empathique peut-être, il conte la désolation, la désorganisation totale, les scènes de pillage et les quelques moments de courage qui n'arriveront pas à compenser ceux, plus fréquents, de lâcheté évidente. Une phrase revient sans cesse au long de l'enquête que devra mener Robicheaux au milieu de ce paysage dévasté, phrase que Dave entend dans la bouche de plusieurs personnes, parmi les plus pauvres et les plus touchées par l'ouragan : 'pourquoi personne n'est venu nous chercher?', phrase dans laquelle l'on sent que le verbe 'chercher' pouvait à maintes reprises être remplacé par 'aider'. Profondément touché par la manière dont cette ville, à laquelle il est très attaché, perd en quelques heures une grande partie de ce qui faisait son identité, Robicheaux n'en reste pas moins professionnel jusqu'au bout des ongles : « Tu ne refermes jamais un dossier...tes fichiers te restent dans la tête. Si tu n'étais pas flic, tu pourrais avoir un col romain » dira d'ailleurs de lui sa supérieure directe. Voilà pourquoi elle savait qu'en lui confiant cette histoire de deux jeunes blacks abattus alors qu'ils tentaient visiblement de piller des maisons abandonnées, Dave 'Belle Mèche' ainsi que de nombreuses personnes le surnomment encore, agirait au mieux de l'intérêt général. L'intérêt général, voilà pourtant bien un concept qui ne le touche pas immédiatement, comme il nous le fera comprendre à quelques reprises au long de cette brique de pas loin de 500 pages. A 100 lieues de ce qui fait le politiquement correct, Burke, l'auteur, n'hésite pas à mettre quelques paroles très dures dans la bouche de son personnage-fétiche : « Je crois qu'un violeur devrait aller direct sur la table d'injection »côtoie par exemple « Je ne crois pas à la peine capitale. Mais je n'ai pas d'argument contre ceux qui la défendent ». Le texte de Burke se révèle pourtant beaucoup plus subtil que ce que ces deux phrases, tirées de leur contexte, pourraient le laisser supposer. Perpétuellement tiraillé entre son devoir de flic -servir et protéger impartialement- et ses penchants pour une justice plus radicale qui le culpabilisent tant et plus, Robicheaux peut pourtant compter sur ses proches pour maintenir un semblant d'équilibre dans son existence. Parmi eux, sa femme, Molly : « De ta vie, tu n'as jamais délibérément fait de mal à un innocent. Tu prends en charge la souffrance des autres sans qu'ils te l'aient demandé. Ta plus grande qualité est ta plus grande faiblesse ». De manière assez logique, la vie de Robicheaux, ce à quoi il accorde le plus d'importance, reste évidemment sa famille, sa maison et ses quelques amis. Aussi, lorsque les développements de son enquête feront qu'un des suspects s'attaquera à sa fille, pourra-t-on s'attendre à ce que sa motivation à résoudre l'affaire s'en voie décuplée...

Roman de la perte, de la tristesse et du regret de ce que fut une ville -bien plus qu'un assemblage de maisons- roman de l'indignation face à l'incurie d'une certaine administration, 'La nuit la plus longue' est sans doute l'un des meilleurs textes de James Lee Burke. L'art avec lequel il aborde des thèmes classiques de la littérature américaine -la violence, la justice, la religion- tend à nous faire croire que c'est la première fois que nous y touchons. Lorsqu'il aborde les relations père-fille, c'est avec une passion retenue, une sagesse que l'on sent acquise de longue haleine et un sens du devoir qui ne peuvent que toucher. Mais au-delà, le roman s'impose surtout comme un formidable polar noir, qui développe une intrigue parfaitement ancrée dans son époque, mettant en scène des acteurs crédibles au point que l'on ne peut s'empêcher d'adhérer instantanément avec -presque toutes- les pensées les plus intimes de certains d'entre eux. Une enquête passionnante, un roman qui, sans en avoir l'air, pousse salutairement son lecteur à lever la tête du guidon. 

Nicolas Fanuel

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