La sorcière

Lackberg, Camilla (Traduit par Cassaigne, Rémi)

Policier & Thriller

Actes Sud, 2017, 704 pages, 24 €

:) :) À 30 ans d’intervalle - critique complète

Couverture
Couverture du livre: La sorcière

À 30 ans d’intervalle

 

Nea avait quatre ans et habitait avec son père et sa mère dans une ferme aux alentours de Fjällbacka. Ses parents n’étaient pas fermiers, plutôt des citadins en quête de calme et de contact avec la nature. Ce sont eux qui signalèrent la disparition de Nea. Après quelques heures de battue, la fillette fut retrouvée, assassinée et nue, sous un tronc d’arbre à proximité d’une mare, dans la forêt jouxtant la ferme de ses parents. Dès que la nouvelle fut connue, une bonne partie des habitants de Fjällbacka ne put s’empêcher de penser à une affaire très similaire qui secoua leur village trente ans plus tôt : une enfant du même âge que Nea et résidant dans cette même ferme fut retrouvée assassinée au bord de cette même mare. À l’époque, ce furent deux jeunes filles, Marie et Helen, chargées de veiller sur la fillette, qui avouèrent le meurtre et l’affaire fut close. Helen habite toujours dans le village mais Marie n’y avait plus mis les pieds depuis plus de 20 ans. Quelques jours avant le nouveau meurtre, elle y avait refait une apparition remarquée.

Dixième enquête du couple formé par le flic Patrik Heldström et son épouse écrivaine Erica Falck. Même si ce cycle d’enquêtes leur est dédié, ces deux-là sont pourtant loin d’occuper perpétuellement le devant de la scène dans ces intrigues au long cours qui ont pour cadre la région de Fjällback, en Suède. Ainsi, l’équipe de policiers qui entoure Patrik, des villageois impliqués de près ou de loin dans l’affaire ou certains membres de leurs familles se voient-ils mis en scène avec tout autant de réalisme et de densité qu’eux-mêmes. À ce titre, la vie de famille du couple, ses relations avec leurs parents et autres sœurs et beaux-frères, occupe une part non-négligeable du roman, ce qui, au choix des lecteurs, allège une intrigue parfois très dure ou lui insuffle un air de bluette seyant fort peu au roman noir. On aime ou on décroche. Et, de notre point de vue, l’on aurait plutôt raison de ne pas décrocher et de considérer ces incursions familiales gentillettes comme la marque de fabrique un rien désuète et au charme suranné d’un auteur capable de marquer bien des points par ailleurs. Ainsi du cadre très actuel de son intrigue : les arrivées de réfugiés syriens et leur accueil par les Suédois. Là comme ailleurs, c’est la diversité des réactions qui frappe : empathie ou rejet et racisme qui mènent à des drames irrémédiables. Certaines scènes rappellent la première enquête de Wallander, autre flic suédois lui aussi confronté à cette problématique dans « Assassins sans visages ». On a vu pire comme référence et comme filiation. Autre fil rouge passionnant de l’intrigue : le quotidien de Elin, une jeune veuve vivant dans cette même région…à la fin du 17è siècle, en pleine période de chasse aux sorcières. En possession d’un savoir lui permettant de soigner certaines maladies, Elin croit vivre en sécurité à l’abri de son beau-frère, pasteur apprécié de ses ouailles.

C’est avec brio que Camilla Läckberg entremêle l’enquête sur la mort de Nea, les déboires des réfugiés et de courts chapitres dédiés à Elin. L’ensemble se tient parfaitement, donnant à lire une intrigue fouillée qui arrive pourtant à rester d’une lisibilité parfaite. Pas loin de 700 pages d’une lecture sans temps mort, au suspense captivant, et habité de personnages auxquels, contre toute attente, on se prend à très vite s’attacher. 

Nicolas Fanuel

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