LE CREATEUR

MINERVUDOTTIR Gudrun Eva (Traduit par Eyjólfsson, C.)

Policier & Thriller

Autrement, 2015, 373 pages, 14.99 €

:) :) LA CHAUDASSE FROIDE - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LE CREATEUR

    Par une nuit glaciale, la voiture de Loa, une mère de famille, crève un pneu, à proximité d’une maisonnette isolée. L’habitant de cette demeure, Sveinn, vient malgré lui en aide à la jeune femme, puis lui propose de passer la nuit au chaud, en tout bien tout honneur. Loa découvre alors que son hôte est un fabricant de…poupées gonflables. Sur une impulsion, elle se saisit d’une de ces créations et reprend la route en catimini.

Sveinn est doublement préoccupé : il vient de perdre une commande (donc des sous pourtant bienvenus) et il se met à penser qu’il a été victime d’un coup monté. En effet, un mystérieux correspondant le harcèle depuis quelques temps, lui reprochant son business, son manque de moralité. Et s’il s’agissait de cette femme ? Déterminé à retrouver son bien, le voilà parti pour la capitale. Loa y vit avec sa fille, une adolescente anorexique et tourmentée. C’est en espérant provoquer un choc psychologique salvateur chez sa fille que Loa a subtilisé cette femme de latex aux formes parfaites, comme un idéal à atteindre. Mal lui en a pris. Voilà que sa progéniture prend la fuite. Ni ses amis, ni la police, ni son ex-mari ne parviennent à la localiser. Et Sveinn, qui s’est invité chez Loa, commence à tenir des propos incongrus qui laisse à penser à Loa, étrangère à l’affaire de harcèlement, qu’elle a peut-être à faire à un déséquilibré mental aux sombres et pervers desseins…
Le premier qualificatif qui se dégage de la lecture est « originalité ». De sujet (la poupée gonflable), de lieu (l’Islande profonde, froide, menaçante, semblant sans cesse plongée dans l’obscurité), de personnages (des marginaux, des êtres « décalés »), de cadre sociétal (solitude prégnante, inadaptation à la vie moderne, incommunicabilité), de ton (parfois poétique, parfois cru, alternant les descriptions qui plantent magistralement les décors et les dialogues enlevés, cyniques, désabusés ou provocants),… « Le Créateur » donne une image bien peu reluisante de la société islandaise (on se plaît cependant à croire qu’il ne s’agit que d’un microcosme doté de miroirs déformants) et ses personnages, anti-héros fatigués et fatalistes à bien des égards, donnent au récit parfois trop lent une étiquette autant jubilatoire que désespérée. Une lecture savoureuse à l’humour étudié, une vision sociale critique et engagée, ce livre ne ressemble à aucun autre. Et c’est bien entendu là une de ses plus grandes forces. (Eric ALBERT)

Eric Albert

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster