LE DIABLE TOUT LE TEMPS

POLLOCK, Donald Ray (Traduit par Mercier, C.)

Policier & Thriller

Albin Michel, 2012, 369 pages, 24.7 €

:) :) L'OEUVRE ET LA PART DU DIABLE - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LE DIABLE TOUT LE TEMPS

 

Que voici un livre dérangeant, étonnant. Une histoire de la violence urbaine, présentée avec une froideur médicale, où on apprend, à nouveau, que la vengeance peut être un plat qui se mange froid et que la vie finit toujours par faire se rejoindre sur une même route – celle du destin, funeste en l’occurrence – des quidams qui s’ignoraient jusque là.

Nous suivons les existences très peu tranquilles de quelques personnages trempés dans l’acier, qui se sont bâtis à force de détermination mais aussi de désespoir. Leurs valeurs morales s’en sont trouvées largement déviées et leur mode de vie quotidienne se révèle à cent lieues de ce qui peut être communément admis.

Ainsi, ce père de famille rescapé du Vietnam, semblant toujours calme, qui se met à sacrifier des animaux – sauvages puis domestiques – au pied d’un arbre à prières, espérant ainsi offrir à sa femme cancéreuse une rémission miraculeuse qui ne viendra pas.

Ainsi le fils de ce père désespéré, Arvin, qui vivra, sans cesse déboussolé, en rendant une justice réparatrice au hasard de rencontres perverses.

Ainsi, Carl et Sandy Henderson, des tueurs de la route qui exécutent leurs modèles après avoir pris d’eux des clichés pornographiques.

Ainsi, enfin, Roy et Théodore, prédicateurs qui sillonnent les routes à la recherche du message divin, vivant d’expédients et de truanderies diverses…

Au départ d’un patchwork qui semble fuser en tous sens, Pollock met patiemment en place les pièces d’un puzzle machiavélique, tissant peu à peu des relations entre ces personnages atypiques et volontairement violents, adeptes d’une hygiène de vie et de parole plus que douteuse.

Les drames se nouent, le sang coule, la noirceur humaine répand ses miasmes de mort…

Difficile de résumer l’intrigue. Elle se lirait d’une traite tant le langage de Pollock est accrocheur, par moments franchement racoleur (il n’a en tout cas pas peur d’appeler un chat une chatte, un cigare une bite de chien et de rendre compte de l’état sanguinolent d’un trou de c. en visio et odo-rama).

C’est peut-être là que la réserve doit s’insérer : Pollock est un auteur cru, qui utilise une vulgarité en phase avec l’existence qu’il a offert à ces personnages, et qui est capable de rendre, avec une crédibilité évidente, les lieux d’une Amérique profonde qu’il dépeint comme une fosse aux perversions diverses et variées.

Noir de noir, « Le Diable, tout le temps », en tant que premier roman de Donald Ray Pollock, l’a fait comparé aux Etats-Unis à Raymond Carver ou Flannery O’Connor. Son écriture sans compromis, brut de décoffrage vous secouera certainement, vous révulsera parfois mais, en tout cas, ne vous laissera aucunement sans ressenti. Ce livre retourne l’âme comme le cœur et vous laisse pantois. (EA)

Eric Albert

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster