LE MYSTERIEUX MR KIDDER

OATES, Joyce Carol (Traduit par Seban, C.)

Policier & Thriller

Philippe Rey, 2013, 235 pages

:) :) :) VIENS A MOI PETIT ENFANT... - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LE MYSTERIEUX MR KIDDER

 

Fan depuis de nombreuses années de cette auteure américaine, chaque publication de Joyce Carol Oates me pousse à sa lecture. Cela est dû à une manière d'écrire intimiste, à une analyse psychologique approfondie, à des personnages – souvent déviants – qui entraînent directement l'adhésion et l'empathie.

Aussi à l'aise dans la saga familiale (« Nous étions les Mulvaney »), la biographie romancée (« Blonde », « Folles nuits »), le drame social (« Viol », « La Fille du fossoyeur »), l'étude du couple (« Les Chutes ») que dans le suspens (« Confessions d'un gang de filles », « Zombie »), Oates écrit bien, suscite l'admiration pour ses descriptions simplistes mais tellement parlantes, et a depuis longtemps compris les multiples façons de donner une faim de lecture inextinguible à son lectorat. Même son autobiographie (« J'ai réussi à rester en vie »), son journal « intime » ( « Journal 1973-1982 ») et l'étude sur sa création littéraire (« La Foi d'un écrivain ») se lisent comme un roman, avec une fougue et une impatience brûlantes.

« Le Mystérieux Mr Kidder » fait partie des courts récits de l'auteur, plutôt habituée aux briques de plus de 600 pages. On y retrouve les ingrédients habituels, ceux qui font qu'on aime/adore Oates. La trame de l'histoire peut faire immédiatement penser à « Lolita » de Vladimir Nabokov, s'agissant d'une étude sur le processus de séduction. Ici, c'est un homme âgé, apparemment respectable et fortuné qui s'entiche d'une jeune fille de 16 ans, gardienne d'enfants pendant les grandes vacances à Bayhead Harbor. Depuis leur première rencontre – devant la vitrine d'un magasin de lingerie fine – Katya Spivak et M. Kidder vont instaurer entre eux une relation haine-amour et se découvrir au-delà de leurs appréhensions et méfiances respectives. Peu à peu, Katya, séduite par les talents de musicien et d'écrivain pour la jeunesse de M. Kidder, se laisse convaincre de poser pour lui, d'abord habillée puis un peu plus dévêtue. C'est que M. Kidder paie bien et permet ainsi à Katya de venir en aide à sa mère (une alcoolique et une accro, aux jeux de hasards sans cesse en quête de rédemption).

Plus le roman avance, plus on en entrevoit l'inévitable prolongement, flirtant avec le voyeurisme et la pédophilie...Et on se trompe complètement : « Le Mystérieux Mr Kidder » n'est pas un roman racoleur, la psychologie des personnages l'emportant sur les considérations sensuelles puis sexuelles qui, bien que présentes, ne constituent jamais la raison d'être du livre. Car Mr Kidder cache un secret douloureux, révélé à la fin de l'histoire : une raison bouleversante et terriblement humaine de manipuler la jeune fille.

Le dénouement nous laisse pantois, avec le sentiment d'avoir lu un roman qui mériterait de faire date. La production de Joyce Carol Oates, par ailleurs professeure à l'Université de Princeton (Ontario), est tellement prolifique qu'il est impossible de tout lire. Mais ce « Mystérieux Mr Kidder » figure assurément parmi les 20 meilleurs de ses quelques 60 ouvrages. (EA)

Eric Albert

Commentaires

!00% d'acord avec ton opinion, Eric. Je ne suis pourtant pas un fan habituel de Oates. J'avais bien aimé un autre de ses courts romans, "Au commencement était l'amour", ainsi que sa récente autobiographie "J'ai réusi à rester en vie". Mais dans l'ensemble, elle me semble se complaire se complaire un peu trop dans le macabre et le sordide, surtout dans ses nouvelles. Je vais tout de même me remettre à explorer son oeuvre, en quêtre d'autres perles du même genre.

J'ai été particulièrement touché par la fin très poétique de ce "Mystérieux Mr. Kidder", alors que dans certains forums, d'autres lecteurs la trouvent décevante. Peut-être faut-il avoir, comme moi, atteint un certain âge pour l'apprécier à sa juste valeur. Je remarque aussi que ce livre semble davantage apprécié du côté francophone. L'excellence de la traduction, la qualité de l'impression du livre et le choix de la photo de la couverture expliquent sans doute, en partie, cette réaction.

 

Clément Fontaine il y a 3 ans

!00% d'acord avec ton opinion, Eric. Je ne suis pourtant pas un fan habituel de Oates. J'avais bien aimé un autre de ses courts romans, "Au commencement était l'amour", ainsi que sa récente autobiographie "J'ai réusi à rester en vie". Mais dans l'ensemble, elle me semble se complaire un peu trop dans le macabre et le sordide, surtout dans ses nouvelles. Je vais tout de même me remettre à explorer son oeuvre, en quêtre d'autres perles du même genre.

J'ai été particulièrement touché par la fin très poétique de ce "Mystérieux Mr. Kidder", alors que dans certains forums, d'autres lecteurs la trouvent décevante. Peut-être faut-il avoir, comme moi, atteint un certain âge pour l'apprécier à sa juste valeur. Je remarque aussi que ce livre semble davantage apprécié du côté francophone. L'excellente traduction, la qualité de l'impression du livre et le choix de la photo de la couverture expliquent sans doute, en partie, cette réaction.

 

Clément Fontaine il y a 3 ans

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