Le port secret

Oruna, Maria (Traduit par Py, Amandine)

Policier & Thriller

Actes Sud, Actes noirs, 2016, 448 pages, 23 €

:) :) Intrigues espagnoles - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Le port secret

Premier roman pour cette auteure espagnole née en 1977, « Le Port Secret » dévoile une maitrise du style et de la langue, alliés à un art consommé du scénario tels que ne nous les rencontrons que trop rarement.

C’est un personnage de jeune homme anglais qui nous introduit dans la tortueuse intrigue imaginée par l’auteur : Oliver Gordon, la trentaine, arrive à Suancès, une petite ville située sur la côte cantabrique de l’Espagne. Son projet est de rénover une splendide demeure héritée de sa mère pour la transformer en auberge. Las ! Au tout début des travaux, les ouvriers découvrent, derrière une cloison, le cadavre emmailloté d’un bébé. La macabre découverte interrompt le chantier. Hasard ou conséquence, une succession de morts tantôt franchement criminelles, tantôt bizarrement accidentelles va intervenir dans la région, forçant les enquêteurs à rechercher des liens entre toutes ces affaires. La découverte du cadavre va également obliger Oliver à creuser dans le passé, à interroger son histoire familiale et plus précisément celle de sa mère, cette belle espagnole décédée quelques mois plus tôt dans un accident de la circulation. En alternance avec les chapitres consacrés à l’enquête menée tantôt par Oliver, tantôt par le lieutenant Valentina Redondo, l’auteur nous donne à lire le journal d’une personne visiblement impliquée dans l’affaire. Nous y suivons la vie d’une famille prise dans la tourmente de la Guerre Civile et plus précisément, celle de deux sœurs, Clara et Jana, décidées coûte que coûte à sortir de l’existence miséreuse à laquelle elles semblent destinées.

Intrigue tortueuse écrivions-nous plus haut, et de fait, Maria Oruna imbrique savamment la quête des origines menée par Oliver, l’enquête criminelle dirigée par Redondo (impossible de croire que le nom de l’enquêtrice ne fasse pas référence à celui d’une grande auteure de polar espagnole, Dolorès de son prénom…) et la montée en puissance du journal, dont le contenu « colle » progressivement de plus en plus aux évènements racontés par ailleurs, insufflant ainsi un dynamisme et un suspense irrésistibles au livre. Le cadre historique, soit la Guerre Civile, déjà maintes fois romancée certes, prend ici tout son rôle de conditionneur des actes de ceux qui la vivent. Son ombre plane sur toute l’histoire, elle enserre certaines destinées et élargit son influence jusqu’à des années plus tard, pour emporter à leur tour les descendants de ceux dont elle avait déjà réduit l’existence en miettes. Enlevée, rythmée et habitée par des personnages attachants dont nous découvriront, chacun à leur tour, quel est leur port secret -le lieu, le moment auquel ils se raccrochent lorsqu’une bouée leur est nécessaire- l’intrigue s’est révélée addictive et en tous cas, prodigue en bonheurs de lecture. Il nous revient que l’auteur publie en ce moment son deuxième titre en Espagne, vivement que Actes Sud nous procure sa traduction : nous ne serions pas étonnés d’y retrouver Oliver et Valentina… 

Nicolas Fanuel

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster