Les brillants : tome 1

Sakey, Marcus (Traduit par Raizer, Sébastien)

Policier & Thriller

Gallimard , Série Noire, 2015, 512 pages, 20 €

:) :) :) 99 contre 1 - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Les brillants : tome 1

De temps en temps, la « Série Noire » de Gallimard nous propose un titre qui sort de son style habituel, celui du polar, du roman noir ou du thriller, et tente une incursion à la frontière de ces domaines, tout en mordant sur celui de la science-fiction. C'est le cas ici avec ce formidable roman de Markus Sakey, premier volume de ce qui est annoncé comme une trilogie : « Les Brillants ». Attention, il ne s'agit pas de SF façon Star Wars ou Mad Max : l'action se déroule en 2013 d'ailleurs, mais un autre 2013 que celui que nous avons connu. Sakey part effectivement du principe que, depuis 1981, l'humanité a vécu un profond changement avec la naissance des premiers « Brillants », des êtres humains apparemment normaux mais doués d'un don absolument original qui leur permet, par exemple, de prévoir les mouvements des marchés financiers ou de s'immiscer entre des dizaines de personnes sans qu'on les remarque. Chaque « Brillant » possède son don propre et, chaque année, il en naît 1% de la population mondiale. Ces nouveaux arrivants ont d'abord permis à l'humanité de connaître de sérieuses avancées technologiques mais, petit à petit, leur singularité a été mal vécue par les 99% restants de la population mondiale. Ostracisés, recensés, rendus responsables de divers maux auxquels ils sont pourtant étrangers, les voici, en 2013, obligés de vivre dès leur plus jeune âge dans des écoles spéciales et définitivement séparés de leurs parents. Même leur nom leur est enlevé ! Révoltés, certains d'entre eux se liguent et commettent des attentats, de plus en plus meurtriers. C'est pour traquer ces rebelles qu'une agence spéciale de renseignements est créée : les Services Equitables. Au coeur de celle-ci, Nick Cooper, lui-même Brillant, a mis son don au service de la recherche des nouveaux terroristes : sa capacité à deviner les intentions des autres en analysant leur comportement a fait de lui un des meilleurs agents de Drew Peters, patron des Services Equitables.

Excellent roman d'aventure et passionnant texte d'évasion pure, ce premier opus se présente aussi comme puissante fresque d'une totale crédibilité, qui saisit comme par un effet miroir à peine modifié, la vérité de l'époque dans laquelle nous vivons en 2015. Les extraits de journaux ou de textes issus de divers médias, incrustés régulièrement au coeur du récit, les diverses références à notre actualité récente (attentats du 11 septembre et tout ceux qui ont suivi), et même, les échos à nos propres fictions récentes (via le name-dropping), tout cela pousse encore, alors même que l'intrigue palpitante y suffirait déjà, à rendre l'ensemble d'une plausibilité sans faille. Comment, lorsque Sakey décrit les conditions de vie des Brillants dès leur plus jeune âge, ne pas penser à toutes les formes qu'ont pu prendre le racisme et la ségrégation rien qu'en nos 20e et 21e siècles ? Comment, lorsqu'il parle de la civilisation du paraître, ne pas penser à la starification, aux programme de télé débilitants qui passent aux heures de grande écoute ? Comment, lorsqu'il évoque un état de guerre larvé, une situation où ce n'est pas vraiment la guerre mais dans laquelle la population craint toujours que celle-ci n'éclate, ne pas penser aux manipulations de masse auxquelles de grands états ont recouru pour bombarder certains pays d'Afrique ou d'Europe de l'Est ? La réussite de Sakey réside dans sa capacité à inclure à petites doses toutes ces thématiques au coeur d'un récit purement fictionnel, sans que celui-ci ne vire au lourdingue. S'il arrive à nous livrer un parfait roman d'évasion, enlevé et rythmé d'incessants retournements de situation, habité de personnages crédibles et attachants, c'est parce qu'il a pu, sans avoir l'air d'y toucher, y glisser, sans lourdeur démonstrative ou revendicatrice, des images frappantes, des illustrations parfaites des côtés les plus gerbants de notre civilisation. On y croit, on reste scotché et on ouvre les yeux.  

Nicolas Fanuel

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