LES DISPARUS DE MONTE ANGELO

KANGER, Thomas (Traduit par Sinding, T.)

Policier & Thriller

Presses de la Cité (Paris), 2010, 260 pages, 18.5 €

:) :) L'amour et la mort - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LES DISPARUS DE MONTE ANGELO

Après la difficile enquête contée dans « Le temps du loup » (Voir EN 55 et notre site ‘encrenoire.be’), la commissaire Elina Wiik, fatiguée par les incessantes tentatives de sa hiérarchie de la déstabiliser et tout simplement  lasse de son travail, décide de quitter son pays et de prendre la route au hasard. Sans attache autre que ses parents, ses collègues et quelques amis, elle ne sait même pas pour combien de temps elle s’en va ni si elle reviendra un jour en Suède.  Après quelques jours de route, elle oblique vers un petit village italien perdu dans la montagne, ‘Monte Angelo’. Séduite par le lieu et ses habitants qui ne lui posent aucune question, elle s’y installe. C’est lors d’une des nombreuses promenades qui rythment ses journées qu’elle fera la connaissance d’Alex Niro. Entre eux, ce sera le coup de foudre immédiat, suivi de quelques journées de bonheur insouciant. Elina ne s’inquiète pas de la discrétion de son nouvel amant, dont elle ne sait même pas s’il est italien, et qui se refuse à lui expliquer exactement pourquoi il la quitte parfois au petit matin pour ne la retrouver que tard le soir : « Je m’occupe de gens qui ont besoin d’aide. Dans une ville à quelque distance d’ici » .  Tout comme ce dernier ne l’interroge pas sur les raisons de sa présence dans ce village perdu. Ces quelques jours ensemble prendront fin de la manière la plus brutale qui soit : un soir, croyant retrouver Alex chez lui comme convenu, c’est son cadavre poignardé qu’Elina découvrira. Le choc passé, la confrontation avec la police italienne l’ayant disculpée, Elina finira par rentrer au pays. Les quelques jours d’enquête auxquels elle aura pris part aux côtés de ses collègues italiens ne lui auront pas appris grand-chose sur Alex, sauf qu’il n’était pas italien, et que son passé –dans lequel s’enfouissent sans doute les raisons de son assassinat- se rattache à un pays en guerre il y a peu : la Croatie.  

L’on s’en doute, le retour d’Elina en ses terres ne suffira pas à lui faire oublier l’homme qu’elle a aimé ; mais ce sont d’autres circonstances qui vont la pousser à poursuivre l’enquête sur son assassinat, circonstances que nous nous garderons bien de dévoiler ici. Cette enquête toute personnelle va la conduire à quitter encore une fois sa Suède pour se rendre dans la région natale d’Alex, en plein cœur de l’actuelle Croatie, ce pays déchiré par des conflits ethniques et religieux aux racines historiques profondément enfouies. C’est sans aucune prétention pédagogique que Thomas Kanger va ainsi plonger son lecteur dans les causes et conséquences des luttes fratricides qui opposèrent les Croates et les Serbes. Alors que la Croatie tente de se relever et d’éteindre les foyers de haine, les questions d’Elina ne vont pas manquer d’en déranger certains et de réveiller d’anciennes rancœurs à peine ensommeillées. Deuxième enquête d’Elina Wiik publiée en français, « Les disparus de Monte Angelo » confirme tout le bien que nous avions pensé il y a un peu plus d’un an de Thomas Kanger. Dès les premières pages, la magie opère : il nous convainc sans grand effort de la justesse de la décision d’Elina de tout quitter. Sa quête d’autre chose, son envie de meilleur deviennent nôtres et nous partageons avec elle l’évidence de son point de chute, ce petit village de montagne coupé du monde. Si la mort d’Alex nous apparaît ensuite comme une profonde injustice, l’enquête qui s’en suivra deviendra autant pour Elina que pour nous la tâche à accomplir pour pouvoir l’accepter. L’un des tours de force de Kanger réside sans doute dans sa concision : en moins de 300 pages, ce ne sont pas moins de deux années de la vie d’Elina que nous suivons, sans qu’à aucun moment il ne nous semble avoir manqué quelque chose. Kanger va à l’essentiel, nous épargne toute fioriture et lave son intrigue passionnante de toute démonstration de sentimentalisme. Pour Elina, la vérité sera au bout du chemin ; pour nous, lecteurs, il y aura l’espoir de retrouver d’ici quelques mois l’une des autres enquêtes inédites.

Nicolas Fanuel

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