LES LIEUX SOMBRES

FLYNN, Gillian (Traduit par Esquié, H.)

Policier & Thriller

Sonatine (Paris), 2009, 300 pages, 21 €

:( Gros volume, faible densité - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LES LIEUX SOMBRES

Libby Day est célèbre aux Etats-Unis. Pas célèbre comme le serait un ‘people’ ou un homme politique important –qui a dit que c’était la même chose ?- mais plutôt comme la petite fille issue d’un trou perdu et sur qui le sort se serait méchamment acharné. Cette célébrité, elle la doit à son frère Ben qui, le 3 janvier 1985 a assassiné leurs deux sœurs et leur mère à coups de hache et de fusil de chasse. C’est du moins ce que Libby a toujours prétendu : bien qu’elle ne fût âgée que d’une petite dizaine d’années, son témoignage fut déterminant lors du procès qui envoya Ben en prison pour le restant de sa vie.

Jusqu’à aujourd’hui, Libby a pu vivre confortablement grâce à l’argent récolté lors du vaste élan de solidarité qui s’était manifesté en 1985. Si elle a également pu recueillir quelques milliers de dollars lors de la sortie de son livre consacré au massacre, force lui est de constater qu’à présent, le découvert affiché par son compte ne lui permettra plus de tenir très longtemps sans se faire expulser de son logement. Aussi, lorsqu’un mystérieux ‘crime club’ la contacte pour la rencontrer et discuter du 3 janvier 1985, Libby pense-t-elle immédiatement au bénéfice financier qu’elle pourrait tirer de cette occasion.

Les membres du fameux club se révéleront aussi cintrés qu’elle l’avait redouté : de véritables allumés, connaissant sur le bout des doigts le moindre détail de la fameuse nuit et du procès. Ce à quoi Libby ne s’attendait guère, c’est de découvrir que, dans cette assemblée de ‘passionnés’, elle se trouvait bien être la seule à être certaine de la culpabilité de son frère, tous les membres du club étant persuadés de son innocence et tentant de la convaincre de reprendre elle-même l’enquête. Convaincue par l’aspect financier du marché, Libby, après plus de vingt ans à s’être laissé porter par le courant, va tenter de reprendre possession de son existence et de rencontrer, un par un, tous les acteurs du drame.

En alternant les chapitres consacrés à l’enquête de Libby avec ceux consacrés au récit –par la voix de différents intervenants de l’époque- du déroulement de la journée et de la soirée précédent le massacre, Gillian Flynn a sans doute voulu accroître la tension de son roman. Si le procédé –allers/retours dans le passé- a déjà fait ses preuves sous d’autres plumes, il ne semble pas remplir ses objectifs ici, tant l’ensemble paraît tirer en longueur. Que ce soit dans le récit de la fameuse journée ou dans celui de l’enquête, Flynn ne cesse de tenter d’épaissir son cadre et ses personnages via une vague régulière de digressions et de considérations hors-sujet qui n’arrivent trop souvent qu’à alourdir l’ensemble. Il faut dire que, dès le départ, l’auteur mise sur le mauvais cheval : le personnage de Libby, désagréable au départ (velléitaire, voleuse, profiteuse et se référant sans cesse à sa posture de victime) n’arrive jamais à gagner totalement la sympathie de ses lecteurs, malgré les efforts accomplis au fil du roman. Qui plus est, chacune des rencontres qu’effectue la jeune femme –son frère, son père etc…- ne fait jamais avancer son enquête d’un iota –sauf lors de la rencontre finale et déterminante. Le suspense se révèle presqu’inexistant, et l’impression d’avancer à une allure d’escargot tend à s’imposer comme seul souvenir tenace de ces 500 pages de lecture. On est bien loin ici de l’ambiance dense et tendue d’un Roger Jon Ellory ou d’un Jonathan Kellerman, publiés par le même éditeur…

Nicolas Fanuel

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