Les mangeurs de perles

AGUIAR, Joao (Traduit par Willemssens, Marina)

Policier & Thriller

Métaillé, 2009, 213 pages, 17 €

:) :) :) Double inventaire à Macao - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Les mangeurs de perles

En cette année 1999, Macao compte les jours. Sous le contrôle des Portugais depuis le XVIe siècle, la région va sous peu retourner à la Chine. Les portugais y abattent leurs dernières cartes et, parmi celles-ci figure l’écrivain-journaliste Adriano Carrera. Se relevant péniblement d’une dépression consécutive à sa séparation d’avec sa femme (à moins que ce ne soit l’inverse ?), Adriano arrive à Macao par le biais de  la Fondation Culturelle Luso-Chinoise. Cette dernière souhaite le voir ‘organiser le précieux legs de documents et travaux littéraires du commandeur Wang Wu’. Personnage historique emblématique de la ville, le commandeur, avant de devenir un notable reconnu au début du 20e siècle, avait écumé les mers dans sa jeunesse. Les mers et les navires qu’il y rencontrait, d’ailleurs, puisqu’il exerçait le métier de pirate. A sa mort, sa femme s’était bien gardée de divulguer les notes et autres poésies accumulées par son mari, enfermant toute cette documentation dans 12 coffres en bois, restés scellés depuis. C’est un autre Wang, milliardaire et petit-fils du pirate/notable, qui aujourd’hui souhaite voir inventorier ce fonds. Via la Fondation qui emploie Adriano, il finance le travail. Flanqué d’un assistant/secrétaire et d’un chauffeur, tous deux chinois, Adriano s’attaque sans tarder à son inventaire, tentant par là de reléguer les souvenirs de sa vie passée, de sa femme et de sa fille, aux oubliettes. Rapidement, il se rend compte que ses recherches dérangent, tant dans la hiérarchie de la Fondation que dans les rangs mêmes du milliardaire Wang.

Captivant et original roman que voilà ! Non content de plonger les lecteurs européens que nous sommes au cœur d’un cadre qui leur est presque étranger, Aguiar livre ici une intrigue policière de toute bonne tenue, mâtinée de séances d’introspection tantôt réjouissantes, tantôt touchantes de la part d’un personnage principal timoré de prime abord, mais qui gagne en assurance au fil du récit et des rencontres qui le jalonnent. Presque étonné de se retrouver là, en terre mi-portugaise, mi-chinoise, Adriano va progressivement entrer dans sa fonction et réellement habiter ce job qu’il avait d’abord accepté en guise de fuite en avant. Maintenant presque malgré lui des liens au-delà des mers avec sa famille et ses amis –et par-dessus tout avec sa fille- il va totalement s’impliquer dans cet inventaire et aller de découverte en découverte en exhumant l’existence du commandeur Wang Wu et de sa mystérieuse épouse. Cet acharnement à établir toute la lumière et toute la vérité sur cette période et ces personnages –à finalement faire le boulot pour lequel il est payé, et bien payé- va lui attirer beaucoup d’inimités de la part de personnes qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Histoire sorte de son cours jusque-là solidement balisé. Des ennemis, Adriano en avait déjà, mais aucun jusqu’ici n’avait argumenté via des armes à feu. Se révélant d’un courage qu’il ne soupçonnait pas lui-même, désireux d’aller jusqu’au bout de sa tâche, il s’apercevra en cours de route de la teneur réelle de ses erreurs passées et en viendra à douter de la réalité de sa récente phase dépressive : ‘Il est bien possible, d’ailleurs, que ce que j’appelle la dépression soit purement et simplement la vie sur terre, la part qui revient à tout un chacun’. Profond, captivant et parcouru par un souffle presque poétique, ce premier roman traduit en français de Joao Aguiar donne envie de découvrir les autres jalons de son œuvre. Avis aux éditions Métailié donc…nous sommes en attente d’autres perles à venir.

Nicolas Fanuel

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