LES VEUFS NOIRS

ASIMOV, Isaac

Policier & Thriller

Omnibus, 2010, 1104 pages, 28 €

:) :) :) BON SENS NE PEUT MENTIR - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LES VEUFS NOIRS

Sous cette appellation morbide se cache un club composé exclusivement d’hommes, pas nécessairement veufs ou célibataires, mais désireux d’échapper pour un temps à leur statut de mari modèle. Ainsi, une fois par mois, un groupe hétéroclite mais fidèle se rassemble dans un restaurant discret situé au coin de la 5° Avenue et de la 13° Rue de Manhattan, afin de discuter, boire et –bien- manger. La caractéristique du club est que chacun des membres doit, tour à tour, présenter un invité extérieur qui sera « cuisiné » (comprenez, « questionné ») par ce mâle collège. Au départ de la question rituelle « comment justifiez-vous votre existence ? », l’invité, qui est assuré que tout ce qu’il dira au sein du club ne sera jamais répété ailleurs, se livre volontiers et amène sur la table une histoire authentique (mais jamais en rapport avec un crime) qui contient invariablement une énigme, un élément incompréhensible de prime abord

Cette énigme, les hommes du club entendent la résoudre et déploient des trésors d’imagination, de déduction, de recoupements et de théories montées de toutes pièces grâce à leurs connaissances encyclopédiques et leur goût immodéré pour le mystère. Après de longs et vains palabres, Henry, qui fait office de majordome pour la petite troupe, réussit toujours à proposer la solution, la clé qui finit par donner toute la lumière nécessaire à la compréhension. Il le fait le plus simplement du monde, en observant l’invité dans ses comportements, son phrasé, en écoutant son discours et en saupoudrant le tout d’une dose de bon sens le plus élémentaire…

Il s’agit bien du même Isaac Asimov, connu pour ses romans de science-fiction (« le cycle des robots », « Fondation »,…) qui a pris, pendant une dizaine d’années, grand plaisir à échafauder ces petits récits (15 pages maximum) que l’on peut qualifier de policier, même si les enquêtes proprement dites restent toujours au stade de discussions à bâtons rompus.

Avec un charme tout "british", dans une atmosphère décontractée où même les disputes sont douces et savoureuses, la soixantaine de nouvelles réunies ici possèdent toutes un sel particulier. Même si la résolution de l'énigme apparaît parfois totalement décousue ou "trop simple" pour être crédible (1), on se plaît véritablement à suivre ces personnages bien campés - et bien trempés - dans leurs futiles discussions, en s'imprégnant autant de l'odeur de leurs cigares, du fumet des plats qu'ils dégustent ou de l'humour grinçant qui anime leurs palabres. Isaac Asimov, en indécrottable adepte de l'auto-dérision, n'hésite pas à faire référence à lui-même, de ci, de là ; il offre également un référentiel à certains de ses amis, tels Lester del Rey. 

En guise de bonus, le lecteur a droit après chaque nouvelle, à une "remarque" à valeur explicative ou anecdotique sur l'origine, la génèse ou le choix du titre de l'histoire, ainsi que la date précise de sa première publication dans Ellery Queen Mystery Magazine ou dans Isaac Asimov Science-fiction Stories. Parfois, l'auteur se permet une incursion intime dans sa propre vie, les expériences qui l'ont marquée, les gens qu'il a aimé ou détesté, ses petites manies ou ses considérations sur le monde de l'édition. Celui-ci, dit-il, m'a longtemps empêché d'écrire du policier. On ne voyait en moi qu'un ingénieux auteur de SF.

Et c'est ce qu'il restera pour l'éternité.

Mais rien n'empêche de le découvrir sous cette autre facette, fascinante et diablement plaisante. Histoire de justifier davantage, son existence. (EA)

 

(1) un collectionneur peu regardant sur le rangement croit dur comme fer qu'il a été l'objet d'un vol...En fait, il ne lui manque rien, sauf sa tranquilité d'esprit. / un auteur promet à un éditeur d'envoyer son manuscrit le lendemain...il l'envoie, en fait à l'éditeur "Morrow" (tomorrow = demain en anglais) / ...

Eric Albert

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