Ma Zad

POUY, Jean-Bernard

Policier & Thriller

Gallimard , Série Noire, 2018, 208 pages, 18 €

:) En famille - critique complète

Couverture
Couverture du livre: Ma Zad

Les zadistes de Zavenghem croyaient avoir gagné : le Tribunal de Grande Instance avait recalé le projet d’installation d’une plateforme multimodale autour des trois fermes (et des crapauds et des salamandres et de la zone humide dans laquelle ils s’ébattaient) qu’ils défendaient depuis plusieurs mois. Une subtilité leur avait échappé : comme il n’y avait plus rien à défendre, les zadistes étaient supposés calter au plus tôt. Ce qu’ils ne firent, en bons irréductibles qu’ils étaient. Et ce qui amena la baston avec les flics, baston qui valut à Camille Destroit, un quadra presque sans histoire, d’être emmené et interrogé au poste. Ce point précis marque pour Camille le début de la chute de tuiles : son hangar parti en fumée, son amie qui le quitte et son supérieur hiérarchique qui le vire. Un peu comme si on essayait de l’intimider. Comme si la ZAD n’était pas encore complètement tirée d’affaire, comme si les promoteurs du projet, les Valter, une riche famille d’entrepreneurs de la région, avait d’autres idées en tête. En contrepoint de cette situation pré-dépressive, Camille fait la rencontre de Claire, une jeune activiste mais pas que, et qui semble minée par d’autres combats intérieurs.

Pour son retour au roman, Jean-Bernard Pouy pointe le bout de son nez dans cette forme très actuelle d’opposition aux valeurs capitalistes les plus flagrantes (en gros, le rendement économique au mépris du bien-être des hommes et des animaux) : les Zones à Défendre, soit des zones où le pouvoir –économique et politique- entend installer une infrastructure bétonnée d’autant plus laide qu’elle est inutile. Ces ZAD sont généralement occupées par de jeunes chevelus vivant de peu et non-violents. Ils sont parfois rejoints par des moins jeunes, du genre de Camille, travaillés par des questionnements sur le sens de leur existence, de leur travail et d’à quoi bon tout ça, ne pourrait-on pas fiche la paix aux libellules et aux batraciens ? On sent l’auteur parfaitement impliqué et en phase avec les zadistes –ce qui ne nous étonne guère vu son parcours et ses écrits passés- et leur philosophie joyeusement bordélique. Cette adhésion, dont nous lui sommes éminemment gré soit dit en passant, se marque jusque dans l’intrigue et la façon qu’a ce bon Jean-Bernard de nous la servir. Gentiment foutraque, le récit ne repose sur aucun sens du suspense, ne s’appuie que sur une vague structure (on suit tantôt les pérégrinations souvent dépourvues de logique de Camille entre la Bretagne et Zavenghem, tantôt ses pensées métaphysico-révolutionnaires qu’il n’adresse qu’à nous, lecteur) et, avouons-le, l’histoire traîne parfois en route, surtout dans ses dernières pages. Mais on l’aime bien, Jean-Bernard, lui, ses histoires de loosers magnifiques, sa langue fleurie façon bas-quartiers et sa joyeuse façon d’envoyer les parasites arrogants aux choux. Son roman pourrait facilement se lire comme un reportage éclairant sur cette jeunesse qui nous montre peut-être la voie, intrigue polardeuse minimaliste en sus, et son personnage, généreux, doucement révolté et candide, nous a très vite plu, un peu comme si on le connaissait depuis des années. En famille donc.  

Nicolas Fanuel

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